Un procès familial aux allures de drame judiciaire à La Rochelle
Ce jeudi 12 février, le tribunal judiciaire de La Rochelle a examiné une affaire correctionnelle particulièrement complexe, opposant une jeune gérante de restaurant à son propre père. L'affaire concerne le restaurant M situé à Rivedoux, sur l'île de Ré, et met en lumière des pratiques commerciales illégales qui auraient creusé la caisse de l'établissement entre 2018 et 2023.
Une accusation de gérance de fait aux conséquences financières lourdes
Le père de la gérante, un quinquagénaire, est soupçonné d'avoir exercé une gérance de fait sur l'établissement alors qu'il en était théoriquement interdit. En effet, une procédure de liquidation judiciaire antérieure, non close au moment de la reprise du restaurant, lui interdisait légalement de prendre une gérance. Pourtant, selon plusieurs témoignages de salariés, « le patron, c'était le père », malgré les 51% des parts officiellement détenues par sa fille.
Cette situation aurait permis au père de détourner au moins 275 000 euros des caisses de l'entreprise. Les méthodes employées incluraient des fausses factures, des virements sur son compte personnel et des prélèvements en liquide pour ses besoins personnels. « C'est lui qui passait le soir faire la caisse et piochait du liquide ! », a souligné le Ministère public lors de l'audience.
Un conflit familial aux répercussions judiciaires multiples
La jeune femme, âgée de 19 ans au début de l'aventure et tout juste sortie du lycée hôtelier de La Rochelle, se présente comme victime de la situation. Elle explique avoir licencié son père pour faute grave après avoir été alertée par l'expert-comptable qui refusait de certifier les comptes. Le père a depuis attaqué aux prud'hommes et réclame 550 000 euros à son ex-employeur.
Devant le tribunal, l'accusé nie la plupart des faits, hormis l'usage de faux chèques et les irrégularités concernant les allocations chômage. Il rejette systématiquement la responsabilité sur sa fille, déclarant : « C'est pas un ange ! On ne peut rien faire sans la gérante ! ». Sa défense, assurée par Me Drageon, compare même sa stratégie à celle évoquée dans l'affaire Epstein, où Jack Lang aurait imputé la faute à sa fille.
Des éléments troublants et une défense contestée
Plusieurs éléments viennent compliquer la position du père :
- Des photos de fausses factures retrouvées dans son téléphone portable
- Le paiement de sa compagne pendant trois mois sans qu'elle travaille, afin de recharger ses droits au chômage
- L'embauche de la mère sous contrat uniquement pour bénéficier de l'exonération du péage du pont de Ré
- Son passé entrepreneurial marqué par une procédure de liquidation judiciaire
L'avocat de la défense tente pourtant de minimiser les accusations. Il plaide que la banqueroute ne peut être retenue car son client ne pouvait anticiper en 2021 une qualification survenue en 2023. Il souligne également que 2022 a été la meilleure année du restaurant M en termes d'activité, et que sa cliente a elle-même fait l'objet d'une CRPC pour abus de bien sociaux.
Les conséquences désastreuses pour l'entreprise et la famille
Les détournements présumés ont eu des conséquences dramatiques pour l'entreprise. Le déficit de trésorerie a conduit à la mise en redressement judiciaire de la société Opti Restauration en mars 2023, puis à sa liquidation en décembre 2023. La jeune gérante, émotionnellement touchée, déclare : « En se cachant derrière moi, mon père m'a exposée et livrée aux requins ! Je ne comprends pas qu'on puisse faire ça à sa fille. C'est toute une famille brisée. »
Le Ministère public, considérant la gérance de fait comme établie, a qualifié le comportement du père d'« inacceptable » et a demandé une condamnation sévère :
- Trois ans de prison dont un avec sursis simple
- Interdiction de gérer et de diriger pendant dix ans
- Inéligibilité de trois ans pour fraude aux allocations chômage
Le tribunal a mis le jugement en délibéré au 12 mars, laissant planer le suspense sur l'issue de cette affaire familiale aux ramifications judiciaires complexes.



