Non-lieu pour Téin et 13 militants kanak : la défense dénonce une procédure bâillon
Non-lieu pour Téin et 13 militants kanak : défense dénonce procédure bâillon

Le 5 juin 2026, deux juges d'instruction parisiens ont rendu une ordonnance de non-lieu général en faveur de Christian Téin, leader du FLNKS, et de 13 autres militants indépendantistes kanak. Ces derniers étaient mis en examen depuis juin 2024 pour "complicité de tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique, vol en bande organisée avec arme et participation à une association de malfaiteurs", dans le cadre des émeutes meurtrières de mai 2024 en Nouvelle-Calédonie, qui avaient fait 15 morts (12 Kanak, un Caldoche et deux gendarmes).

Une défense organisée depuis Montpellier

Pendant deux ans, la défense s'est largement organisée depuis la préfecture de l'Hérault, en coordination avec des avocats de Nouméa. Me François Roux, avocat historique du FLNKS, est sorti de sa retraite et s'est réinscrit au barreau de Montpellier pour épauler Me Florian Medico, pénaliste. Ce dernier se félicite de la décision : "Nous avons toujours dit que ces interpellations rapides de responsables politiques, manifestement souhaitées par le gouvernement, étaient prématurées et illégitimes."

Une enquête poussée qui confirme les dires de la défense

L'enquête, menée par la Sous-direction antiterroriste (SDAT) et les gendarmes de la section de recherches de Nouméa, a entendu près de 800 témoins et analysé environ un millier de procédures liées aux événements locaux, ainsi que des investigations internet et téléphoniques approfondies. Selon Me Medico, "cette enquête démontre que tout ce qu'on disait depuis le début était vrai. Nous avons une décision de non-lieu général, qui n'est pas rendue au bénéfice du doute, mais qui constate que les personnes mises en examen n'ont fait qu'exercer leur droit et leur engagement politique."

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Amertume et dénonciation d'une procédure bâillon

Malgré cette satisfaction, la défense reste amère. Me Medico dénonce les conditions de détention indignes : "Ces gens ont été, en raison de leur engagement politique, incarcérés, transférés dans des conditions indignes dans un avion militaire, attachés avec des menottes au plafond, surveillés jusqu'aux toilettes et incarcérés à 17 000 km de chez eux, pendant près d'un an pour Christian Téin, et pour rien, sans rien dans le dossier."

Pour l'avocat, l'objectif était clair : "Il s'agissait de museler un opposant politique qui avait réussi à soulever et mobiliser son peuple pour le respect de son droit à l'autodétermination. Ce dossier est politique, pas judiciaire. Le dépaysement et la délocalisation du dossier ont été salvateurs : l'absence d'éléments à charge n'a jamais été entendue à Nouméa, tandis que l'évidence a été actée à Paris. Venir entraver le processus politique avec des procédures judiciaires bâillon, c'est mettre de l'huile sur le feu et conforter l'idée que certains se font de l'État français sur place, dans la toute-puissance et la négation de leurs droits fondamentaux. C'est aussi faire penser que la révolte et le soulèvement sont le fait d'organisations criminelles, alors qu'ils sont le fruit d'une détresse sociale et de la volonté historique d'un peuple qui cherche à s'autodéterminer."

Appel du parquet et élections à venir

La satisfaction reste toutefois suspendue à la décision du parquet, qui a fait appel et demandé des investigations plus poussées. Par ailleurs, des élections provinciales doivent se tenir le 28 juin dans les trois provinces de Nouvelle-Calédonie, où les non-indépendantistes espèrent décrocher la majorité absolue au Congrès.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale