Commémoration de Jeanne d'Arc à Nîmes : une polémique politique
La traditionnelle cérémonie en hommage à Jeanne d'Arc, qui se tient chaque 10 mai à Nîmes, n'a pas été organisée par la municipalité cette année, suscitant la colère de l'opposition Rassemblement national. Le député RN Yoann Gillet a tweeté le 10 mai : « Ce matin à Nîmes pour rendre hommage à Jeanne d'Arc, héroïne nationale. Honte à la municipalité communiste qui n’a pas souhaité organiser cette cérémonie. Une première depuis l’occupation. » Quelques minutes plus tôt, le député européen et conseiller municipal d'opposition Julien Sanchez avait diffusé une vidéo dénonçant un « refus de la municipalité communiste de mettre à disposition de l’association des Amis de Jeanne d'Arc la sono, le matériel, le personnel, le protocole et d’organiser l’apéritif traditionnel ». Il a qualifié le maire Vincent Bouget de « communiste extrêmement clivant, partisan et qui n’aime pas la France puisqu’il s’en prend à son symbole qu’est Jeanne d'Arc ».
Effectivement, cette année, contrairement aux précédentes, la municipalité n'a pas invité à un dépôt de gerbe devant la statue de Jeanne d'Arc, et aucun représentant de la majorité n'a assisté à l'hommage qui s'est tout de même tenu. Mais la mairie défend une tout autre version. Selon Nicolas Cadène, élu à l'Enseignement supérieur, la vie étudiante, la laïcité, les jumelages et la coopération internationale, l'organisation proposée par l'association des Amis de Jeanne d'Arc posait un réel problème « au regard du principe de laïcité ». Il explique que « le courrier de l’association reçu en mairie proposait d’articuler une messe et une cérémonie publique, avec prise en charge logistique et apéritif assurés par les services municipaux. Ce format, outre qu’il plaçait la Ville dans le rôle d’organisateur d’un événement porté par une seule association sans maîtrise du message délivré, soulevait une difficulté de principe au regard du principe de laïcité. C’est ce format — et ce format seulement — que nous n’avons pas reconduit ».
Un autre problème, de calendrier cette fois, est également évoqué : « du fait de l’installation de la nouvelle municipalité et de la mobilisation du service du protocole sur la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage — journée instituée par la loi depuis 2006, mais jusqu’alors jamais organisée à Nîmes —, la refonte du format n’a pas pu intervenir cette année », poursuit Nicolas Cadène, également vice-président de Nîmes Métropole. Il assure que « la Ville de Nîmes ne compte évidemment pas arrêter la cérémonie en l’honneur de Jeanne d’Arc. Elle organisera dès 2027, en lien avec les associations du monde combattant et mémoriel, une cérémonie civique de qualité : rassembleuse et fidèle à la richesse historique de Jeanne d'Arc — figure nationale qui, rappelons-le, n’appartient à aucun parti ». Il conclut en regrettant que « cette journée nationale du 10 mai, de commémoration de l’abolition de l’esclavage, instituée au même titre que la fête de Jeanne d'Arc dans notre calendrier commémoratif républicain, n’avait jamais suscité la moindre réaction de la part de ceux qui s’expriment aujourd’hui ».
Une statue au passé mouvementé
Œuvre du sculpteur Maxime Real del Sarte, fondateur des Camelots du Roi, cette statue a été livrée en avril 1944, déposée dans un hangar route de Beaucaire, avant une remise officielle à la ville le 8 décembre 1956. Son installation sur la voie publique a dû attendre 1964. Déplacée lors des travaux de réaménagements urbains entre 2014 et 2018, elle a finalement trouvé sa place le long du mur sud de la nef de l’église Saint-Baudile.



