Endémique depuis des décennies dans certaines régions d'Argentine, l'hantavirus, y compris la souche « Andes » transmissible d'humain à humain qui s'est répandue à bord du navire de croisière MV Hondius, a conféré aux scientifiques locaux une certaine expertise de la maladie, sans lever toutes les inconnues.
Une recrudescence des cas observée
L'Argentine comptabilise pour la campagne épidémiologique en cours (juin à juin) 102 cas d'hantavirus, après 57 cas en 2024-2025, 75 en 2023-2024, 65 en 2022-2023 et un pic à 126 en 2018-2019. Le vecteur de la souche Andes est le « raton colilargo », rat à longue queue (oligoryzomys longicaudatus) par lequel la contagion peut survenir par contact avec les excréments, l'urine ou la salive, en général en environnement clos. Le colilargo vit dans des zones boisées où il se nourrit essentiellement de graines, de plantes et fruits, et est sensible aux variations de l'environnement.
Présence humaine sur les lieux de vie des rongeurs
Pour le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de génétique des populations à l'université de Córdoba, une hausse des cas en Argentine peut être liée à une séquence climatique : après deux ans secs, des pluies intenses associées au phénomène El Niño ont favorisé un « développement accru de la végétation et une plus grande disponibilité de nourriture pour les rongeurs ». Plus de rongeurs signifie « une probabilité plus élevée qu'un travailleur rural soit infecté », souligne le spécialiste.
Un contact rendu plus probable car « les humains ont commencé à occuper davantage de milieux où vivaient les rongeurs », estime l'épidémiologiste Rodrigo Bustamante, de l'hôpital de Bariloche. Et un seul rat suffit « à commencer l'histoire » enclenchant un possible mécanisme de transmission d'humain à humain, relève l'infectiologue María Ester Lázaro, auteure d'une thèse sur la souche Andes, rappelant des cas documentés de foyers meurtriers en 1996 et 2018.
Toutefois, la transmission interhumaine « n'est pas la règle, mais un événement exceptionnel qui requiert un contact rapproché, moins d'un mètre pendant 30 minutes », souligne le Docteur Rodrigo Bustamante. Les scientifiques argentins, comme leurs pairs à l'étranger, écartent l'idée d'une mutation ayant favorisé la transmission interhumaine. « Je pense que le virus a toujours eu cette propriété », indique le Docteur Rodrigo Bustamante, selon qui « il n'y a pas eu une mutation ponctuelle ». « C'est un virus très stable, à la différence du Covid-19 ou de la grippe », appuie María Ester Lázaro. Les divers hantavirus ont accompagné « depuis des temps ancestraux avec leur rat hôte, sans changer ».
Défis cliniques et recherche
L'un des défis des scientifiques argentins avec l'hantavirus « c'est qu'il y a si peu de cas », explique María Ester Lázaro. « Il faut beaucoup de temps pour avoir un nombre à peine correct qui permette de tirer des conclusions. » Rodrigo Bustamante juge également « très difficile de tirer des conclusions représentatives ».
Une autre difficulté réside dans l'évolution clinique, avec des symptômes d'abord anodins qui peuvent se dégrader extrêmement brutalement. « En l'espace de quelques heures, le patient peut passer d'un état semblable à celui d'une grippe à l'assistance respiratoire », détaille María Ester Lázaro. « Comme un tsunami. »
D'où des difficultés « pour mener l'interrogatoire sur le parcours des patients, les endroits où ils ont été, et pour des tests cliniques ». En Terre de Feu, d'où a appareillé le MV Hondius, existe un débat pour savoir si un rongeur local, le colilargo de Patagonie (oligoryzomys magellanicus) est le même ou une sous-espèce du oligoryzomys longicaudatus, officiellement absent de la province. Selon Juan Petrina, directeur provincial des services d'épidémiologie, il « présente des différences morphologiques, d'alimentation ». Pour Guillermo DeFerrari, biologiste au Centre austral d'investigations scientifiques d'Ushuaïa, l'enjeu est de savoir si ce rongeur local est, ou non, un vecteur possible de la maladie. Les tests à ce jour sur des rongeurs en Terre de Feu se sont avérés négatifs pour l'hantavirus. Mais une mission imminente à Ushuaïa de scientifiques de l'institut Malbran de Buenos Aires, référence nationale, visera à actualiser ce point. Du fait de la longue durée d'incubation, une infection a cependant pu se produire ailleurs que dans ce territoire du sud de l'Argentine.



