La commission départementale d'expulsion des Hauts-de-Seine a rendu un avis défavorable, ce jeudi 21 mai, à l'expulsion du militant égypto-palestinien Ramy Shaath, citoyen d'honneur de la ville de Nanterre. Après une heure de débat et seulement dix minutes de délibérations, les trois magistrats réunis au tribunal judiciaire ont estimé que la procédure lancée par la préfecture n'était pas fondée. Toutefois, cet avis n'est que consultatif et le préfet n'est pas contraint de s'y conformer.
Les reproches de la préfecture
La préfecture des Hauts-de-Seine reproche à Ramy Shaath, âgé de 55 ans, des prises de position radicales depuis le début de la guerre à Gaza. Il est également accusé d'avoir participé à la création de plusieurs associations et mouvements, tels que le collectif Urgence Palestine ou BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), lors du printemps arabe en Égypte. Une note blanche des services de renseignement lui prête des « propos polémiques contestant l'existence même de l'État d'Israël », des « discours au ton martial » et une « hostilité à tout cessez-le-feu ». Les autorités considèrent Ramy Shaath comme « une menace grave pour l'ordre public » et voient son expulsion comme « une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique ».
La défense de Ramy Shaath
Les avocats du militant ont plaidé pour la liberté d'expression. Me Damia Taharraoui a déclaré : « Son expulsion est uniquement motivée par ses opinions politiques. La vérité, c'est que Ramy Shaath n'a jamais lancé aucun appel à tuer qui que ce soit. Dans ce dossier, la préfecture tente juste de construire un personnage imaginaire dangereux. » Me Nicolas De Sa Pallix a ajouté : « S'il y a eu incitation à la haine ou apologie du terrorisme, où sont les poursuites pénales ? » Les avocats ont également souligné l'incohérence de la procédure : en 2022, la France s'était mobilisée pour obtenir la libération de Ramy Shaath, alors détenu arbitrairement en Égypte pour sa participation aux printemps arabes. « Il a été libéré et accueilli à bras ouverts », a rappelé Me Taharraoui. « Mais quatre ans plus tard, c'est pour ces mêmes idées qu'on veut l'expulser. »
Le soutien de la communauté
Une centaine de soutiens de Ramy Shaath se sont rassemblés une heure avant l'audience près du palais de justice. Parmi eux, des anonymes, des défenseurs de la cause palestinienne, mais aussi des élus comme le député LFI Thomas Porte et le maire de Nanterre, Raphaël Adam. Ce dernier a dénoncé « la criminalisation des soutiens à Gaza » et appelé à l'abandon des poursuites. Ramy Shaath s'est dit « heureux » à la sortie de l'audience, « pour moi mais aussi pour tous ceux qui défendent la cause de la Palestine ». Son épouse, Céline Lebrun-Shaath, s'est dite « soulagée », tout en restant prudente : « On espère que le préfet prendra acte de cet avis et que Ramy obtiendra enfin le titre de séjour qu'il réclame. » Pour l'instant, toutes ses demandes ont été rejetées, et il est considéré en situation irrégulière depuis le 14 septembre 2023.



