Mort de Quentin Deranque : l'enquête se poursuit sans arrestation immédiate
Le procureur de Lyon, Thierry Dran, a indiqué lors d'une conférence de presse ce lundi 16 février qu'aucune interpellation n'a été effectuée dans le cadre de l'enquête sur la mort de Quentin Deranque, militant identitaire âgé de 23 ans. Les investigations se poursuivent activement sous les qualifications d'homicide volontaire et de violences aggravées.
Des investigations approfondies en cours
La police a déjà entendu plus d'une quinzaine de témoins et procède à l'analyse de vidéos de l'agression. « Les constatations techniques se poursuivent toujours très activement », a souligné le magistrat. L'enquête, confiée à la division criminelle territoriale de la police de Lyon, examine également le chef d'association de malfaiteurs dans l'intention de commettre un délit.
Thierry Dran a insisté sur la méthodologie rigoureuse des enquêteurs : « L'enquête cherche à identifier l'ensemble des auteurs directs des faits criminels en se basant non pas sur des rumeurs mais sur des éléments recueillis lors des investigations ». Il a rappelé qu'« une enquête criminelle prend du temps, ça ne peut pas se faire en quelques jours ».
Le déroulé des événements tragiques
Quentin Deranque a été déclaré mort samedi, deux jours après avoir été victime d'une violente agression. Les faits se sont déroulés jeudi après-midi à proximité d'une manifestation du collectif d'ultradroite Némésis, avenue Berthelot dans le 8ᵉ arrondissement de Lyon. Le groupe protestait contre la tenue d'une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan (La France insoumise) à l'Institut d'études politiques.
Vers 17h30, plusieurs individus ont tenté d'arracher la banderole brandie par les militantes de Némésis et ont exercé des violences sur au moins deux d'entre elles. Environ trente minutes plus tard, vers 18 heures, les jeunes hommes chargés de la sécurité du collectif ont été pris à partie violemment par un groupe d'une vingtaine d'individus masqués et cagoulés.
La plupart ont pu s'enfuir, mais trois se sont retrouvés isolés. Ils ont alors été jetés au sol et frappés à de nombreuses reprises par au moins six agresseurs. Deux des trois victimes ont réussi à s'échapper, mais Quentin Deranque est resté au sol.
Les circonstances médicales et les démentis
Un ami de Quentin Deranque, qui ne faisait pas partie du trio agressé, est revenu sur les lieux et a trouvé le jeune homme à terre, conscient mais ne se souvenant pas de l'agression. En le ramenant chez lui, il a constaté une dégradation rapide de son état de santé. Avec d'autres amis venus les rejoindre, ils ont appelé les secours et allongé le jeune homme sous un Abribus, celui-ci n'étant plus capable de marcher.
L'autopsie pratiquée lundi matin a révélé que Quentin Deranque présentait essentiellement des lésions à la tête, avec un traumatisme cranio-encéphalique majeur associé à une fracture temporale droite. Le procureur a catégoriquement démenti qu'il y ait eu des coups de couteau, contredisant ainsi de premières informations diffusées vendredi.
Les implications politiques et les démentis
Alors que le gouvernement a pointé du doigt le groupe antifasciste la Jeune Garde, le procureur n'a pas fourni d'informations supplémentaires sur le profil des agresseurs. « Je suis un magistrat, donc je m'attache aux faits. Quand on aura interpellé des gens, on pourra vous en dire plus sur leur éventuelle appartenance. Pour l'instant, on est en phase d'identification », a déclaré Thierry Dran.
Le drame a rapidement pris une tournure politique, avec La France insoumise mise en cause par la droite et l'extrême droite. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a dénoncé lundi la « responsabilité morale » de LFI, qui « encourage depuis des années un climat de violence ».
Plusieurs mouvements identitaires accusent la Jeune Garde, groupe antifasciste lyonnais dissous en juin 2025 pour des méthodes jugées violentes par le ministère de l'intérieur, d'avoir fomenté « le lynchage » de Quentin Deranque. Le groupe Némésis affirme avoir reconnu parmi les agresseurs un collaborateur parlementaire du député Raphaël Arnault (LFI), qui serait un « membre actif de la Jeune Garde » – une assertion catégoriquement niée par son avocat.
Dans un communiqué, la Jeune Garde a contesté toute responsabilité dans ces « tragiques événements ». La porte-parole de Némésis a affirmé que Quentin Deranque faisait partie de son service d'ordre, ce que la famille du jeune homme a démenti.
L'enquête se poursuit donc sur plusieurs fronts : l'identification précise des agresseurs, l'analyse des preuves techniques et vidéos, et le recueil de témoignages supplémentaires, tandis que les tensions politiques autour de ce drame continuent de s'exacerber.



