Monaco : une ingénieure condamnée pour rébellion et menaces envers des policiers lors d'un contrôle
Une trentenaire de Roquebrune-Cap-Martin, ingénieure de profession, a été condamnée à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Monaco. Elle était jugée pour rébellion, outrages et menaces de mort envers quatre agents de la Sûreté publique lors d'un contrôle routier nocturne. L'affaire, qui s'est déroulée dans la nuit du 29 au 30 mars, a mis en lumière la question complexe de l'altération du discernement liée à un stress post-traumatique sévère.
Un contrôle routier qui dégénère en affrontement violent
Interpellée pour excès de vitesse au niveau de l'échangeur Saint-Roman, à l'est de la Principauté, la conductrice de 34 ans n'a pas pu présenter une attestation d'assurance valide. Comme le veut la procédure, les policiers lui ont demandé de sortir du véhicule. Elle a refusé et a refermé sa portière, obligeant les agents à intervenir à cinq pour l'extraire de l'habitacle.
Florestan Bellinzona, président du tribunal, a retracé les faits : « Vous vous débattez, mordez, griffez, insultez, menacez, donnez des coups de pied aux agents ». Les images de vidéosurveillance diffusées à l'audience ont montré une interpellation particulièrement musclée et la violente perte de contrôle de la prévenue.
La défense invoque un stress post-traumatique sévère
Bianca, la prévenue, a expliqué son comportement par un stress post-traumatique sévère lié à des actes de torture subis dans son enfance, perpétrés par des hommes. « Je ne suis jamais agressive avec les femmes et les enfants, juste avec les hommes qui m'agressent. La crise a commencé et je n'ai pas pu la gérer », a-t-elle déclaré à la barre.
Un rapport psychiatrique a confirmé que son discernement était altéré, mais pas aboli. Le président du tribunal a précisé : « Vous n'êtes ni délirante ni en hallucination, mais vous ne percevez pas les choses comme elles se passent réellement. Votre rapport au réel est altéré, certes, mais pas coupé ». Ainsi, la prévenue a été jugée accessible à une sanction pénale.
Les policiers justifient leur intervention
Les quatre agents, parties civiles, ont défendu leur action. L'un d'eux a déclaré : « Les clés étaient sur le tableau de bord. On a pensé qu'elle allait repartir. Un véhicule de 2 tonnes, c'est une arme ». Un autre a ajouté : « Une procédure comme celle-ci se passe toujours bien. On en fait très régulièrement. On se demande comment ça a pu dégénérer… ».
Le substitut du procureur général, Thibault Druon, a requis quatre mois de prison ferme et dix ans d'interdiction de territoire, arguant que les policiers ont agi pour prévenir un danger potentiel.
Un verdict qui tient compte des circonstances
Me Eva Barilaro-Fabre, avocate de la défense, a plaidé la relaxe en invoquant l'état psychique de sa cliente et un usage disproportionné de la force. « Elle est entrée dans un état de survie. Les policiers ont fait un usage disproportionné de la force. Pourquoi ne pas avoir essayé de coopérer avec elle ? », a-t-elle questionné.
Finalement, le tribunal a condamné Bianca à six mois de prison avec sursis et à deux ans d'interdiction de territoire. Des dommages et intérêts compris entre 600 et 1 500 euros ont été accordés aux policiers victimes. L'affaire illustre les défis posés par la prise en compte des troubles psychiques dans les procédures judiciaires, tout en réaffirmant la nécessité du respect de l'autorité policière.



