Dans une tribune publiée sur le site du Monde, un collectif de professeurs d'histoire-géographie exprime son malaise face à l'idée de panthéoniser Samuel Paty, l'enseignant assassiné en octobre 2020 pour avoir montré des caricatures de Mahomet en cours d'éducation morale et civique. Les signataires, qui se présentent comme des enseignants du secondaire, estiment que cette héroïsation est problématique à plusieurs égards.
Une instrumentalisation politique
Selon eux, la figure de Samuel Paty est utilisée à des fins politiques, notamment par le gouvernement, pour promouvoir une certaine vision de la laïcité et de la liberté d'expression. Ils dénoncent une récupération qui occulte les véritables enjeux de l'éducation, comme la nécessité de former des citoyens critiques et éclairés. « Nous éprouvons un certain malaise face à son héroïsation », écrivent-ils, soulignant que cela risque de simplifier à l'excès un drame complexe.
Un malaise partagé
Les professeurs rappellent que Samuel Paty était un enseignant comme les autres, confronté aux difficultés du métier. Ils craignent que sa panthéonisation ne transforme son histoire en un récit univoque, effaçant les nuances et les débats nécessaires sur la laïcité, la liberté d'expression et le rôle de l'école. « Faire de lui un héros, c'est aussi prendre le risque de figer sa mémoire et de l'utiliser pour justifier des politiques éducatives contestables », ajoutent-ils.
Ils appellent à une réflexion collective sur la manière de commémorer Samuel Paty sans tomber dans l'écueil de l'héroïsation. Pour eux, il est essentiel de préserver la mémoire de l'homme et de l'enseignant, tout en laissant place à la complexité de son geste pédagogique et des circonstances de sa mort. La panthéonisation, selon eux, ne doit pas être un moyen de clore le débat, mais au contraire de l'ouvrir.
Cette tribune intervient alors que plusieurs voix, notamment politiques, se sont élevées pour demander l'entrée de Samuel Paty au Panthéon. Le président de la République n'a pas encore tranché sur cette question, mais le débat est vif dans l'opinion publique et au sein de la communauté éducative.



