Le maître de conférences en histoire médiévale Julien Théry a été suspendu 18 mois par l’université Lyon 2, dont six mois avec sursis, pour avoir publié en janvier 2024 une liste d’universitaires qualifiés de « génocidaires » à boycotter. La décision, prise par la section disciplinaire du conseil académique, a été rendue publique le 25 juin 2024.
Une liste qui a enflammé le débat
En janvier 2024, Julien Théry avait diffusé sur les réseaux sociaux une liste de 25 universitaires qu’il accusait de « complicité de génocide » en lien avec le conflit israélo-palestinien. Il appelait à les boycotter et à les exclure de la communauté académique. Cette publication avait suscité une vive controverse, de nombreuses voix s’élevant contre ce qu’elles considéraient comme une atteinte à la liberté académique et une diffamation.
L’université Lyon 2 avait alors ouvert une procédure disciplinaire, estimant que les propos de Théry pouvaient constituer un manquement à ses obligations professionnelles. Selon le rapport de la section disciplinaire, consulté par Libération, la liste visait des chercheurs et enseignants-chercheurs de diverses disciplines, principalement en sciences sociales et en études juives.
La décision de la section disciplinaire
La section disciplinaire a jugé que Julien Théry avait « gravement manqué à son devoir de réserve et à l’obligation de neutralité » imposée aux fonctionnaires. Elle a estimé que la qualification de « génocidaires » était « disproportionnée et infondée », et que l’appel au boycott portait atteinte à la réputation des personnes visées ainsi qu’au bon fonctionnement de l’institution.
La sanction prononcée est une suspension de 18 mois, dont 12 mois ferme et 6 mois avec sursis. Pendant cette période, Julien Théry ne pourra pas exercer ses fonctions d’enseignement ni de recherche, et il ne percevra pas son salaire. Il conserve toutefois son statut de fonctionnaire.
Les réactions à la suspension
Julien Théry a annoncé son intention de faire appel de cette décision. Dans un communiqué transmis à l’AFP, il dénonce « une atteinte à la liberté d’expression » et affirme que sa liste visait à « dénoncer des intellectuels qui soutiennent des politiques de colonisation et d’apartheid ». Il estime que la sanction est « politique » et vise à « faire taire les voix critiques sur la Palestine ».
De son côté, l’université Lyon 2 a justifié sa décision en rappelant que « la liberté d’expression n’est pas absolue dans le cadre des fonctions publiques » et que « les propos tenus par un enseignant-chercheur engagent sa responsabilité professionnelle ». L’établissement a également souligné qu’il « condamne toute forme de discrimination et de harcèlement ».
Plusieurs organisations ont réagi. L’Union syndicale Solidaires a exprimé son soutien à Julien Théry, tandis que le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a salué la sanction, y voyant « une décision juste qui rappelle que l’antisémitisme n’a pas sa place à l’université ».
Un précédent dans le monde académique
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes dans les universités françaises autour du conflit israélo-palestinien. Plusieurs enseignants-chercheurs ont été sanctionnés ou ont fait l’objet de plaintes pour des propos jugés antisémites ou pour des appels au boycott d’Israël. En mai 2023, un professeur de l’université Paris-VIII avait été suspendu trois mois pour avoir qualifié Israël d’« État génocidaire ».
La décision de Lyon 2 pourrait faire jurisprudence. Selon une source proche du dossier, « c’est la première fois qu’une sanction aussi lourde est prononcée pour un simple appel au boycott ». L’avocat de Julien Théry, Me Patrick Klugman, a indiqué qu’il allait saisir le tribunal administratif pour contester la suspension.
Les conséquences pour Julien Théry
La suspension de 12 mois ferme prive Julien Théry de son traitement indiciaire, soit environ 3 000 euros par mois. Il pourra toutefois bénéficier de l’allocation de retour à l’emploi s’il remplit les conditions. Ses collègues de l’université Lyon 2 ont exprimé leur soutien dans une pétition qui a recueilli plus de 500 signatures.
L’affaire a également des répercussions internationales. Plusieurs universitaires étrangers ont dénoncé la sanction, la qualifiant d’« atteinte à la liberté académique ». La Middle East Studies Association (MESA) a publié un communiqué exprimant sa « solidarité avec Julien Théry ».
En attendant l’appel, Julien Théry reste suspendu. L’université Lyon 2 a précisé que la décision était exécutoire immédiatement, mais qu’elle pourrait être révisée en cas de décision contraire du tribunal administratif.



