Meurtre de Lyhanna : la justice, bouc émissaire d'une tragédie ?
Lyhanna : la justice, bouc émissaire d'une tragédie ?

La découverte du corps de Lyhanna, 11 ans, a plongé la France dans l'émotion. Un suspect, Jérôme B., a rapidement été interpellé et mis en examen. Mais la révélation de plaintes antérieures pour viol sur mineur, dont une classée sans suite et une autre ayant traîné, soulève des questions brûlantes : pourquoi le suspect n'a-t-il pas été inquiété plus tôt ? La mort de Lyhanna aurait-elle pu être évitée ?

Des politiques montent au créneau

Nombre de personnalités politiques, de Bruno Retailleau à Édouard Philippe en passant par François-Xavier Bellamy, ont immédiatement pointé du doigt la justice et les magistrats. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a lui-même évoqué des « défaillances », estimant que les magistrats n'avaient pas suivi les instructions du ministère.

Des conclusions précipitées

Ludovic Friat, président de l'Union syndicale de la magistrature, dénonce une instrumentalisation : « Le ministre ordonne une enquête mais livre ses conclusions avant même son commencement. Il parle de fautes "accablantes" et de sanctions. Cette précipitation vise à désigner des coupables pour éviter le débat sur les moyens. »

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Le problème récurrent des moyens de la justice

Emmanuel Macron a balayé l'argument des moyens, refusant de l'entendre. Pourtant, si le budget de la Justice a augmenté de 48,5 % depuis 2017 (passant de 6,8 à 10,1 milliards d'euros), la moitié des 1 600 postes créés concerne l'administration pénitentiaire. Le nombre de magistrats reste parmi les plus bas d'Europe. Le tribunal d'Auch avait alerté à plusieurs reprises sur le manque de personnel.

Ludovic Friant dénonce un débat biaisé : « Dire avant les investigations qu'il ne s'agit pas d'un problème de moyens mais de fautes individuelles réduit le champ des investigations. Il y a une part systémique. »

Une stratégie politique ancienne

L'avocat connu sous le pseudonyme « Maître Eolas » abonde : « L'exécutif sent qu'il n'est pas tout propre. Il va trouver une faute inadmissible pour reporter la culpabilité. Ce n'est pas la faute du gouvernement ni des moyens ridicules de la justice. » Il rappelle que dès qu'un fait divers survient, l'exécutif ouvre le parapluie et pointe les magistrats, profitant de l'opinion publique souvent mécontente de la justice.

Le sociologue Laurent Willemez s'étonne que le ministre s'en prenne à ses propres agents, les parquetiers : « C'est du jamais vu ! Les juges sont souvent accusés de laxisme, mais attaquer les parquetiers est inédit. »

L'agenda politique en ligne de mire

Bruno Retailleau réclame une cour disciplinaire des magistrats. Pour Laurent Willemez, « l'extrême droite et la droite profitent de la méconnaissance des mécanismes judiciaires pour mettre la pression sur la justice ». La présidentielle de 2027 est en toile de fond, tout comme le procès des assistants européens du RN (décision le 7 juillet) et celui de Nicolas Sarkozy (novembre).

Au milieu de ces tensions, Grégory Bobbato, maire de Fleurance, appelle à la nuance : « Certains font de Lyhanna la somme de défaillances individuelles. Il s'agit d'une défaillance sociétale. »

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