Un conflit funéraire royal ressuscité par la plus haute instance judiciaire
La Cour de cassation a insufflé un nouveau souffle à un litige funéraire des plus insolites, opposant des descendants du roi Louis-Philippe autour de l'accès à la chapelle royale Saint-Louis de Dreux. Au cœur de cette affaire se trouve la volonté testamentaire d'Henryane de Chaponay, décédée en octobre 2019 à l'âge vénérable de 95 ans.
La "comtesse rouge" et sa dernière volonté contestée
Cette aristocrate, surnommée la "comtesse rouge" en raison de son engagement altermondialiste marqué, était la fille du marquis et de la marquise de Chaponay. Avant son décès, elle avait clairement exprimé son désir que ses cendres reposent aux côtés de ses grands-parents dans la nécropole familiale des Orléans à Dreux, où gît le dernier roi des Français ayant régné de 1830 à 1848.
Pourtant, en 2022, le prince Jean d'Orléans, comte de Paris et chef actuel de la famille Orléans, a fermement refusé d'accéder à cette demande. Investi de la responsabilité d'assurer la police de la chapelle, il a justifié son refus par l'absence du titre de princesse de la maison de France chez la défunte. Les exécuteurs testamentaires n'ont pas accepté cette décision et ont immédiatement engagé des poursuites judiciaires.
Un parcours judiciaire sinueux jusqu'à la cassation
Le tribunal de Paris a initialement débouté leurs demandes en 2023, suivi par la cour d'appel l'année suivante. Mais mercredi dernier, la première chambre civile de la Cour de cassation a opéré un revirement significatif en cassant l'arrêt qui validait le refus d'inhumation de Madame de Chaponay dans la chapelle royale.
La plus haute instance judiciaire française a estimé que la cour d'appel avait commis une erreur d'interprétation concernant l'ordonnance royale de 1843 signée par Louis-Philippe lui-même, document fondateur de la nécropole familiale. Dans son arrêt, la Cour de cassation a considéré que la juridiction inférieure avait "dénaturé les termes clairs et précis" de la volonté du souverain.
Une interprétation controversée de l'ordonnance de 1843
Pour les demandeurs, l'intention de Louis-Philippe était claire : ouvrir la sépulture à tous ses descendants, sans aucune restriction liée au titre nobiliaire. Cependant, la cour d'appel s'était appuyée sur une phrase spécifique du préambule de l'ordonnance pour affirmer que "la règle fondatrice exclut ainsi l'inhumation à l'intérieur de la chapelle de toute personne qui ne serait pas née ou ne serait pas devenue par alliance prince ou princesse de la famille du roi Louis-Philippe".
Suite à cette décision de cassation, la cour d'appel devra nécessairement rejuger l'affaire sur le fond. Elle sera contrainte d'examiner à nouveau l'interprétation de l'ordonnance royale de 1843 et de statuer définitivement sur le droit d'Henryane de Chaponay à reposer dans la chapelle familiale aux côtés de ses ancêtres.
Ce litige met en lumière les tensions persistantes au sein des familles aristocratiques françaises concernant l'interprétation des règles successorales et funéraires historiques, ainsi que la complexité de concilier les traditions séculaires avec les volontés testamentaires contemporaines.



