Une condamnation lourde pour violences intrafamiliales sans blessures apparentes
Ce lundi 16 février, le tribunal judiciaire de Libourne a prononcé une peine sévère dans une affaire de violences conjugales, marquant un tournant dans la réponse pénale. Un homme originaire de Lansac en Haute-Gironde a été condamné à douze mois de prison, dont huit avec sursis probatoire, pour harcèlement, violences sans incapacité totale de travail (ITT) et menaces de mort envers son ex-compagne.
Un dossier sans ITT mais avec une emprise psychologique dévastatrice
Le cas est notable par l'absence de blessures physiques visibles ou de coups caractérisés. Pourtant, la juridiction a retenu la gravité des faits basée sur l'imprévisibilité du prévenu et le climat d'emprise psychologique. Pendant près d'un mois, l'homme a harcelé son ex-compagne avec des appels et messages obsessionnels, atteignant jusqu'à 31 appels dans une seule journée.
La victime a décrit lors de ses auditions un état de détresse profond : « Je n'en peux plus. Je ne dors plus. Je ne mange plus. Je me sens prise au piège ». Un médecin psychiatre a diagnostiqué un syndrome d'anxiété massif avec troubles du sommeil, de l'appétit, attaques de panique et état dissociatif, symptômes fréquemment observés chez les victimes de violences conjugales.
Des menaces de mort et une escalade inquiétante
La séparation, intervenue après dix-huit ans de vie commune et deux enfants, n'a jamais été acceptée par le prévenu. En janvier, lors d'une visite au domicile pour récupérer un objet, la situation a dégénéré. L'homme a levé le poing à deux reprises sans frapper, puis a tiré sur la serviette de son ex-compagne qui est tombée et s'est retrouvée dénudée. Les mots qui ont suivi ont glacé le sang : « Si tu vas déposer plainte, je te tue ».
Au tribunal, le prévenu est apparu calme et effacé, s'excusant à plusieurs reprises. Il a affirmé : « Je ne voulais pas la faire tomber, je voulais juste la retenir. Je me suis excusé ». Concernant les menaces de mort, il a temporisé : « Avec l'adrénaline, je ne m'en souviens pas… mais ce n'est pas une menteuse ». Il a évoqué sa solitude et assuré avoir pris conscience après trois jours de détention.
Le parquet sceptique face au double discours
La procureure s'est montrée sceptique, pointant le double visage du prévenu : « Un homme penaud à la barre, qui s'excuse beaucoup, et celui que la victime décrit : impulsif, autoritaire, insistant ». Elle a rappelé que le même discours avait été tenu avant l'incarcération et a souligné une escalade préoccupante incluant alcoolisation, menaces répétées et instrumentalisation des enfants.
L'avocate de la partie civile a abondé : « Faire mal, ce n'est pas seulement donner des coups. C'est cette oppression permanente, cette peur diffuse, ce mal insidieux mais bien réel ». La défense a plaidé une période de souffrance aiguë et une rupture mal vécue, mais le tribunal a tranché nettement.
Des mesures strictes et un retrait d'autorité parentale rare
Outre la peine de prison, le tribunal a ordonné :
- Maintien en détention immédiate
- Interdiction stricte de contact avec la victime
- Interdiction de paraître au domicile de la victime et aux abords de son lieu de travail
- Obligation de soins et stage de prévention des violences conjugales
- Indemnisation de la victime
Une mesure particulièrement rare a été prononcée : le retrait de l'autorité parentale, justifié par « l'instrumentalisation manifeste » des enfants. Cette décision illustre la sévérité croissante de la justice face aux violences intrafamiliales, même en l'absence de blessures physiques.
Un message judiciaire clair au-delà de ce dossier
À Libourne, cette condamnation envoie un signal fort. Sans passé judiciaire lourd et sans ITT, la justice frappe désormais fort contre les violences conjugales. Le message est clair : ces violences ne se mesurent plus seulement en coups, mais en emprise psychologique, en peur diffuse et en danger potentiel. Cette décision marque une évolution significative dans la prise en compte de la dimension psychologique des violences intrafamiliales.



