Affaire Jubillar : l'avocat de la cousine de Delphine craint que les divisions fragilisent l'accusation
Jubillar : l'avocat craint que les divisions nuisent à l'accusation

L'avocat de la cousine de Delphine Jubillar s'inquiète des divisions avant le procès

À quelques jours de l'ouverture du procès très attendu de Cédric Jubillar, Me Philippe Pressecq, avocat albigeois représentant Lolita, la cousine de Delphine Jubillar, exprime ses craintes quant aux divisions entre les différentes parties civiles. Dans un entretien exclusif, il déplore que ces dissensions puissent fragiliser l'accusation et finalement profiter à la défense de Cédric Jubillar, qui clame son innocence depuis le début de cette affaire.

Un procès hors normes s'ouvre à Albi

Le procès de Cédric Jubillar, âgé de 38 ans, s'ouvrira le 22 septembre devant la cour d'assises du Tarn à Albi pour se terminer le 17 octobre. L'homme risque la réclusion criminelle à perpétuité pour « meurtre sur conjoint ». Son épouse Delphine, infirmière de 33 ans, a disparu dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 de leur domicile de Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Son corps n'a jamais été retrouvé malgré des recherches intensives.

« Si Cédric Jubillar est acquitté, ce sera à cause de nous », affirme Me Pressecq avec amertume. L'avocat, présent sur le dossier depuis les premiers jours suivant la disparition, est aujourd'hui le seul à y être resté depuis le début. Il critique vertement l'attitude de certains de ses confrères qui représentent également des proches de Delphine.

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Des stratégies procédurales délibérées

L'avocat décrit ce qu'il appelle des « Jubillareries » : des manœuvres délibérées de la part de l'accusé pour retarder le procès. « Il a menti en permanence, sur tout, en envoyant le juge sur de fausses pistes », explique-t-il. Il évoque notamment « l'histoire de la ferme brûlée » où « on a fait venir pour rien pendant des semaines tout un régiment de l'armée française ».

Pour Me Pressecq, Cédric Jubillar aurait tout fait pour repousser l'échéance du procès. « En prison, Cédric Jubillar vit sa meilleure vie », affirme-t-il. « C'est quelqu'un qui n'a pas d'amis, qui est isolé, et depuis qu'il est en prison, il est le détenu le plus célèbre de France. »

Le problème des divisions entre parties civiles

Le véritable problème, selon l'avocat, réside dans le comportement de certaines parties civiles. « On est déjà beaucoup », note-t-il, faisant référence à la dizaine d'avocats représentant différents proches de la victime. « Si on ne dit pas la même chose, ça va être mortifère. »

Il critique particulièrement les avocats récemment entrés dans le dossier qui « font des demandes de nouvelles investigations, alors que l'instruction est terminée ». Ces demandes, irrecevables selon lui puisque l'instruction est close depuis septembre 2024, seraient faites « pour se faire mousser » plutôt que pour faire avancer l'affaire.

« Une avocate a déjà annoncé qu'elle allait demander le premier jour du procès le déplacement de la cour d'assises dans le bois de Monastier, où les gendarmes sont déjà allés », rapporte Me Pressecq. Pour lui, « l'enquête n'est pas complète, aucune enquête ne l'est, mais elle est sérieuse, et suffisante pour obtenir sa condamnation ».

L'intime conviction plutôt que les preuves matérielles

L'avocat rappelle qu'un procès criminel ne repose pas nécessairement sur des preuves matérielles. « C'est une intime conviction. Un dossier, un homme, cela va bien au-delà d'un corps que l'on retrouve ou pas. C'est le fait de se dire, cet homme-là est coupable. »

Cette intime conviction, Me Pressecq affirme l'avoir et compte la faire partager aux jurés. Mais il craint que les divisions entre parties civiles ne viennent perturber ce processus. « Je ne serais serein que les avocats parisiens se décident à travailler pour le dossier et pas pour leur notoriété », lance-t-il. « Le but, c'est que Cédric Jubillar soit condamné. On n'est pas là pour faire du cinéma. »

Une affaire qui a passionné l'opinion publique

Malgré ce qu'il décrit comme « le pire dossier de sa carrière » avec des « personnalités frustes » et des « cas sociaux », Me Pressecq reconnaît que l'affaire a passionné l'opinion publique. « Les gens se sont intéressés à la victime, avec tout un mouvement féminin qui s'est développé autour de la sororité », explique-t-il.

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« Delphine Jubillar, c'est la fille d'à côté, elle est caractéristique des jeunes femmes d'aujourd'hui, mariée, un métier, deux enfants, un amant », analyse l'avocat. « Pour moi, c'est une affaire de filles. Delphine, ses copines, qui sont ses vraies sœurs de cœur, et puis toutes ces femmes, venues du Canada, de Belgique ou d'ailleurs. »

Ces femmes se sont mobilisées pour organiser des battues à Cagnac-les-Mines, écrire des lettres et maintenir l'affaire dans l'actualité. « Pour moi, c'est véritablement cela qui est la marque de l'affaire Jubillar », conclut Me Pressecq.

Alors que le procès approche, la question des divisions entre parties civiles reste préoccupante. L'avocat espère que tous travailleront dans le même sens pour obtenir la condamnation de Cédric Jubillar, mais ses craintes persistent quant à l'impact que pourraient avoir ces dissensions sur l'issue du procès.