Cinq jeunes Français transférés de Syrie vers une prison irakienne
Cinq jeunes adultes français, initialement emmenés en Syrie par leurs parents alors qu'ils étaient enfants sous l'emprise de Daesh, ont été déplacés vers une prison irakienne. Ce transfert suscite une vive indignation de la part de leurs avocats parisiens, qui dénoncent une condamnation anticipée et des conditions de détention alarmantes.
Une situation qualifiée d'ignoble par les défenseurs
Les avocats Marie Dosé et Matthieu Bagard, représentant cinq de ces jeunes, ont réagi avec fermeté en qualifiant ces transferts d'ignobles. Ils insistent sur le fait que ces jeunes majeurs n'ont rien choisi, ayant été emmenés de force par leurs parents en Syrie durant leur enfance. Les conseils juridiques ne cessent de demander leur rapatriement en France, une requête précédemment rejetée en 2024 par le ministère des Affaires étrangères français.
Le Quai d'Orsay, interrogé sur ces transferts, a indiqué ne pas faire de commentaire sur les situations individuelles. Pourtant, en décembre dernier, la justice française avait sommé l'État de revoir sa position concernant le rapatriement de ces individus.
Des parcours marqués par la violence et l'abandon
Ces six jeunes, Français ou ayant grandi en France, font l'objet d'investigations à Paris pour des chefs d'infraction de nature terroriste. Leur parcours est particulièrement tragique :
- Au moins deux appartiennent à des familles de djihadistes français hauts placés de Daesh
- Deux autres ont été filmés, enfants et armés, dans des vidéos de propagande de l'organisation terroriste
- À la chute de Daesh, ils ont été placés dans des centres tenus par les forces kurdes où ils sont devenus majeurs
Marie Dosé a visité l'un de ses clients à la prison d'Alaya en juin 2025, constatant qu'il était blessé et profondément traumatisé par les maltraitances subies. Un autre jeune, grièvement blessé lors d'un bombardement, est aujourd'hui paralysé et épileptique au dernier degré. Son cas est particulièrement poignant : sa mère et toute sa fratrie ont été rapatriées sans lui en 2024.
Des conditions de détention encore plus difficiles en Irak
Les avocats se sont rendus en Irak en janvier dernier pour évaluer la situation. Le premier des six jeunes transférés, déplacé en juillet 2025, a décrit des conditions de détention encore plus difficiles qu'à Orkesh, un centre détenu par les forces kurdes en Syrie. Ironiquement, les forces kurdes lui avaient annoncé préparer ses affaires pour un rapatriement immédiat vers la France, provoquant une joie rapidement déçue par son transfert vers la prison irakienne.
Depuis leur transfert en juillet, ces prisonniers ont reçu :
- Une visite consulaire
- Une visite de la Croix-Rouge
- Deux visites de cinq minutes d'avocats irakiens
Ces éléments signalent une judiciarisation de leurs cas en Irak, où la justice doit prouver leur présence sur le territoire sous Daesch pour être compétente.
Un précédent inquiétant
Ces transferts rappellent le cas de onze Français condamnés à mort en Irak en 2019, puis à la prison à perpétuité. Ces présumés djihadistes demandent actuellement à purger leur peine en France, où ils font l'objet d'investigations antiterroristes. Une juge d'instruction enquête depuis décembre 2023 sur leurs conditions d'emprisonnement en Irak, notamment pour tortures et détention arbitraire.
Les cinq jeunes Français transférés récemment font partie des 5 700 détenus de 61 nationalités déplacés de Syrie en Irak ces dernières semaines. Ils sont actuellement détenus à la prison al-Karkh en Irak, un ancien centre de détention de l'armée américaine connu sous le nom de camp Cropper.



