Jean-Marie Beney, procureur général, quitte Montpellier après 46 ans de carrière
Jean-Marie Beney quitte Montpellier après 46 ans de carrière

Il achève une longue et prestigieuse carrière de 46 ans : le procureur général Jean-Marie Beney quitte Montpellier. Une page se tourne pour ce magistrat qui a marqué la justice française.

Un hommage appuyé à Montpellier

Procureur général près la cour d’appel de Montpellier depuis 2019, Jean-Marie Beney est revenu sur son expérience lors de la réception du "Recueil des conférences" qu’il a donné ces deux dernières années dans l’Hérault. "J’avais presque oublié que j’avais fait tout ça !" a-t-il confié, savourant les hommages. La cérémonie s’est déroulée dans le cadre feutré de la Chapelle de la Visitation, rue de l’Université.

Guylain Clamour, Doyen de la faculté de droit et de sciences politiques, a signé la préface de cet ouvrage et a salué "un grand serviteur de la justice et un ami de l’université". Pendant vingt-sept ans, le magistrat a enseigné en tant que professeur associé. "À Montpellier, il est intervenu auprès de nombreuses formations de l’université comme de l’école des avocats et s’est vu attribuer, à la faculté, le statut de conférencier exceptionnel", rappelle Guylain Clamour dans la préface.

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Maxime Rosier, président de Montpellier Ville du droit, l’a également remercié pour ses six années et demie d’engagement dans l’Hérault. "Cette période montpelliéraine avait commencé difficilement, avec le Covid, a rappelé Jean-Marie Beney, arrivé en novembre 2019. Mais quand on surmonte les épreuves ensemble, ça crée des liens profonds. Je quitte Montpellier avec beaucoup de regrets mais je reviendrai."

Une carrière marquée par les grandes affaires

Au fil de sa longue carrière, Jean-Marie Beney "s’est attelé à des dossiers très importants et a reconnu les erreurs de la justice", a souligné Rémy Heitz. À commencer par celle concernant Patrick Dils, un adolescent de 16 ans condamné à tort en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz. Vingt-huit ans plus tard, en 2017, Jean-Marie Beney obtiendra en tant qu’avocat général la condamnation de Francis Haulmes. Dans "De l’erreur judiciaire à la vérité judiciaire", chapitre de son recueil de conférences consacré à ce sujet, il revient longuement sur ce dossier.

En 2010, il avait relancé l’affaire du Petit Grégory, cet enfant de 4 ans tué en 1984, ordonnant que la justice rouvre l’enquête, notamment pour l’analyse de traces ADN.

Le plus jeune procureur général de France

Le 30 juin sera la date officielle de fin de carrière pour le procureur général qui va retourner dans sa Bourgogne natale. Le point final à 46 ans de bons et loyaux services, puisqu’il était entré à l’École nationale de la magistrature le 1er juillet 1980. "Une traversée de presque un demi-siècle de l’histoire judiciaire, de la machine à écrire mécanique dite "bateuse", du papier carbone et des fiches cartonnées jusqu’à l’arrivée de l’intelligence artificielle, a-t-il résumé. Je l’ai vécu intensément, avec une sorte d’engagement passionné […] pour l’Institution et pour les justiciables."

Lors de sa 19e et dernière audience solennelle de rentrée en tant que procureur général, le 30 janvier dernier, il a rappelé qu’il avait été le plus jeune procureur général de France en 2007. "Aujourd’hui, je suis le double doyen (en âge et en ancienneté) des procureurs généraux et des chefs de cour d’appel", a-t-il observé avec humour.

"La solidité de ses valeurs"

"Mais ce record de longévité ne tient que dans l’histoire moderne, a-t-il observé avec humilité. Si vous regardez le nom des procureurs généraux qui ont officié à Montpellier, sur un mur du palais de justice, vous verrez que l’un d’eux est resté en poste de 1944 à 1971."

Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation depuis trois ans, était présent à la remise du recueil. L’occasion d’adresser un hommage appuyé à Jean-Marie Beney, qu’il a croisé à plusieurs reprises au cours de sa carrière. Il a insisté sur "sa constance de son engagement, sa fidélité au ministère public et la solidité de ses valeurs".

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Jean-Marie Beney a occupé de nombreuses fonctions au fil de sa carrière : juge d’instruction, chef de cabinet au directeur des affaires criminelles et des grâces, exerçant dans des parquets dès 1986 et pour vingt ans, avant de devenir directeur du cabinet du Garde des sceaux en 2006.

"Recueil des conférences du procureur général Jean-Marie Beney", édité par l’Université de Montpellier, Montpellier ville du droit et la faculté de droit et de sciences politiques de Montpellier. 143 pages, 22 euros.