Un suspect de 79 ans soupçonné de 89 viols sur mineurs dans 10 pays
Le parquet de Grenoble a lancé mardi 10 février 2026 un vaste appel à témoins concernant Jacques Leveugle, un homme de 79 ans interpellé en 2024 et soupçonné d'avoir violé et agressé sexuellement 89 mineurs entre 1967 et 2022. Cette enquête d'une ampleur exceptionnelle concerne des faits commis dans une dizaine de pays différents, faisant de ce dossier « un cas d'école de sérialité » selon les termes du procureur de Grenoble Étienne Manteaux.
Un profil complexe et une enquête qui s'accélère
Jacques Leveugle, né en 1946 à Annecy, se décrit dans ses mémoires comme un « gentleman boy lover », invoquant la Grèce antique et ses éphèbes. Ancien éducateur et infirmier sans diplôme, il utilisait son « aura extraordinaire de par sa culture et de par son charisme » pour approcher des jeunes issus de milieux défavorisés, selon le procureur Manteaux. L'enquête a débuté en octobre 2023 lorsque son neveu a découvert des clés USB contenant des écrits détaillant des relations sexuelles avec 89 mineurs âgés de 13 à 17 ans.
L'homme, qui n'avait aucun antécédent judiciaire, a été mis en examen et placé en détention provisoire en février 2024 pour viols et agressions sexuelles aggravés. Il est actuellement incarcéré dans la région grenobloise. Les enquêteurs espèrent clôturer l'information judiciaire en 2026 en raison des risques de prescription et de l'âge avancé du suspect.
Une toile internationale de victimes
Jacques Leveugle a « sillonné le monde entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 2020 » comme enseignant ou éducateur sportif. Outre la France métropolitaine et la Nouvelle-Calédonie, il a séjourné dans neuf pays : Algérie, Suisse, Allemagne, Maroc, Niger, Colombie, Philippines, Portugal et Inde. Au moment de son interpellation, il vivait principalement au Maroc et revenait occasionnellement chez son frère à Vizille, dans l'Isère.
Sur les 89 victimes recensées, environ 40 ont été identifiées et « la plupart a déposé plainte ». Cependant, seules deux se sont portées parties civiles à ce jour. Les deux tiers des victimes vivent en France. Bon nombre n'apparaissent dans les documents que par leur surnom ou prénom, rendant leur identification difficile.
Un double meurtre et un appel urgent à témoins
Les écrits de Jacques Leveugle révèlent également qu'il a volontairement donné la mort à sa mère en 1974, en phase terminale d'un cancer, puis à sa tante en 1992 alors âgée de 92 ans. Il affirme les avoir étouffées avec un coussin et légitime ses actes en déclarant qu'il aimerait qu'on lui fasse la même chose en fin de vie. Ces deux meurtres font l'objet d'une enquête distincte.
Face à l'urgence, le parquet de Grenoble a lancé un appel à témoins pour « aller chercher » des victimes non identifiées. « Le temps presse », a souligné le procureur Manteaux, évoquant l'âge du prévenu et les questions de prescription qui excluraient « a priori » les faits commis avant 1993. Deux numéros verts ont été mis en place : le 0 800 20 01 42 pour l'Hexagone et le 00 687 05 06 00 pour la Nouvelle-Calédonie.
Le colonel de gendarmerie Serge Procédès, commandant de la section de recherches de Grenoble, décrit la « toile tissée par cet homme autour de chacun des jeunes », pour lesquels « il s'investissait intellectuellement mais pour mieux assouvir, derrière, ses pulsions sexuelles ». La justice espère l'organisation d'un procès « le plus rapidement possible ».



