Inceste maternel : un tabou brisé dans un procès en Seine-et-Marne
Inceste maternel : procès en Seine-et-Marne

Un procès hors norme s'ouvre ce lundi à Melun, en Seine-et-Marne, mettant en lumière un tabou rarement évoqué : celui des mères incestueuses. Dans un village du nord de la Seine-et-Marne, une femme de 42 ans est accusée d'avoir violé son fils de 8 ans, avec la complicité présumée de son amant.

Les faits révélés par un enfant

En avril 2024, lors d'une garde chez son père, le petit garçon confie avoir gagné une toupie grâce à un « défi ». Interrogé, il décrit un viol : sa mère l'aurait contraint à un acte sexuel après sa douche. Une plainte est déposée en juin à la gendarmerie de Chelles. Les enquêteurs saisissent le téléphone et l'ordinateur de la mère, y découvrant plusieurs vidéos et photos de l'abus.

La mère, née en 1982, fréquente assidûment les sites de rencontre. Avec un homme de 40 ans, cadre commercial, elle échange 14 000 messages sur WhatsApp, selon une source proche du dossier. Ces messages incluent des fantasmes pédopornographiques et des vidéos de son fils. L'homme, marié, est rapidement arrêté.

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Complice ou instigateur ?

Confronté aux preuves, l'amant reconnaît avoir reçu les vidéos mais nie être le commanditaire. « Mon client plaide coupable, mais se considère comme complice, pas instigateur », explique maître Christophe Gérard, son avocat. Il précise que son client n'a pas conservé les vidéos et que son ordinateur ne contient aucune trace de pédopornographie. Quant aux virements entre les deux accusés, l'avocat affirme qu'il s'agissait d'une aide financière, sans lien avec les vidéos.

La mère, après avoir nié, a finalement avoué les faits lors de l'expertise psychiatrique, affirmant avoir agi « sous l'emprise » de son amant. Une version contestée par l'avocat de ce dernier.

Détention et conséquences

Les deux accusés sont en détention provisoire depuis la révélation des faits. La femme de l'amant a accouché alors que son mari était écroué, une situation difficile. L'accusé a entamé des soins et des études de psychologie pour comprendre son parcours.

La mère, au casier judiciaire vierge, encourt jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle. Les magistrats devront déterminer si sa déviance incestueuse est antérieure à cette relation, comme plusieurs éléments le suggèrent.

Un tabou sociétal

Longtemps, les femmes ont été perçues comme « naturellement innocentes », explique Franca Cortoni, professeure de criminologie à l'Université de Montréal. Pionnière dans l'étude des femmes auteures de violences sexuelles sur mineurs, elle dénonce un « discours patriarcal » qui refuse d'admettre que les femmes puissent être agresseuses.

Selon la Ciivise, les femmes seraient à l'origine de 4 % des violences sexuelles sur mineurs, un chiffre sous-estimé. « Les services judiciaires et médico-psychologiques ne sont pas entraînés à repérer les agresseuses », souligne Cortoni. Elle ajoute que la culture valorise parfois les relations entre adolescents et femmes majeures, minimisant les violences.

Des précédents médiatiques

Fin juillet 2025, une assistante d'école maternelle de 59 ans a été écrouée dans l'Hérault pour viols et agressions sexuelles sur neuf enfants de 3 à 4 ans. Début août, une infirmière de Montreuil a été mise en examen pour agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans.

Franca Cortoni rappelle que l'inceste relève d'un rapport de domination, quel que soit le genre de l'agresseur. « Les souffrances causées aux victimes par les femmes sont aussi réelles que celles causées par les hommes », conclut-elle.

Contactés par Le Point, les avocats du père et de l'accusée n'ont pas souhaité s'exprimer.

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