Enquête pour harcèlement moral à Toulon Provence Méditerranée : la belle-fille d'Hubert Falco auditionnée
La justice toulonnaise mène une enquête préliminaire sur des faits présumés de harcèlement moral au sein du service des ressources humaines de la Métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM). Plusieurs responsables, dont Audrey Falco, cheffe de service au moment des faits et belle-fille de l'ancien maire Hubert Falco, ont été auditionnés la semaine dernière par les enquêteurs.
Une plainte déposée il y a trois ans
Cette procédure fait suite à une plainte déposée en 2023 par deux contractuelles ayant travaillé au service « paye, carrière et temps de travail » de la métropole toulonnaise entre 2020 et 2022. Les deux femmes dénoncent un climat de travail toxique caractérisé par un dénigrement systématique, des remarques vexantes, des ordres contradictoires et une charge de travail irréalisable.
Dans leur dossier de 42 pages remis à la justice, elles décrivent un environnement professionnel insoutenable. « Je suis partie avec la volonté d'oublier cet enfer au plus vite et de ne plus jamais avoir aucun contact avec la DRH de TPM », témoigne l'une des plaignantes, Lysa, dont le prénom a été modifié pour préserver son anonymat.
Un service en surchauffe
Le service concerné, chargé de gérer les fiches de paie d'environ 2 500 agents avec seulement une douzaine de personnes, connaîtrait des difficultés structurelles. En trois ans, vingt-trois agents auraient quitté ce département en raison des conditions de travail.
Lysa, recrutée sans formation pour assurer les fiches de paie de près de 200 agents, raconte avoir tenté à deux reprises d'évoquer la surcharge de travail auprès de ses supérieurs. Ceux-ci lui auraient répondu qu'elle n'avait pas été recrutée « pour se tourner les pouces » et que « c'était comme ça ».
Des conséquences sur la santé des agents
Les deux plaignantes décrivent des conséquences graves sur leur santé. « Je me sens épuisée physiquement et mentalement. Je n'en peux plus de tout ce qu'ils exigent de nous ! », peut-on lire dans des échanges de SMS joints au dossier.
Mathilde, l'autre plaignante, aurait subi « l'instauration d'un climat de tension perpétuelle, de crainte et de culpabilisation » et a été suivie pour dépression. Lysa, quant à elle, a connu des épisodes d'insomnie sévère, d'angoisse et a dû prendre des anxiolytiques prescrits par son médecin.
Un contexte familial sensible
Me Thomas Callen, avocat des deux contractuelles, souligne « un contexte d'omerta lié au fait que Madame Audrey Falco est la belle-fille de Monsieur Hubert Falco, l'ancien président de TPM ». Cette affaire intervient alors que se jouent actuellement la présidence et l'attribution des vice-présidences au sein de cette collectivité.
L'enquête ne concerne pas les autres affaires judiciaires impliquant la famille Falco, notamment la condamnation d'Hubert Falco dans l'affaire dite du frigo, ni les soupçons d'emploi fictif à la Villa Noailles concernant le fils de son épouse.
Quatre autres responsables visés
Si le dossier vise particulièrement Audrey Falco, cheffe du service « paye, carrière et temps de travail » jusqu'en septembre 2022, quatre autres responsables sont également pointés du doigt, dont Guillaume Beaujardin, directeur des ressources humaines.
La direction de TPM a confirmé avoir « eu connaissance que des agents de la Collectivité ont été auditionnés au commissariat de Toulon, dans le cadre d'une enquête préliminaire pour des faits supposés de harcèlement moral ». L'administration rappelle que « chaque agent s'estimant victime d'un acte de violence, discrimination ou harcèlement a la possibilité de réaliser en toute confidentialité un signalement auprès d'une cellule dédiée ».
Des alertes restées sans suite
Lysa affirme avoir tenté à plusieurs reprises d'alerter les autorités compétentes. Elle a effectué un signalement auprès du centre de gestion du Var, envoyé une fiche de signalement de harcèlement moral et demandé une enquête interne par un organisme neutre et extérieur à TPM. Selon elle, ces démarches sont restées sans réponse concrète.
« Tout le monde était terrorisé, indique la plaignante. Nous n'osions pas en parler de peur des représailles car la plupart des gestionnaires ont des statuts précaires. »
L'ancienne contractuelle, qui a finalement obtenu un poste au Centre ministériel de gestion du Var en 2023, estime qu'il n'était « pas possible de continuer à fermer les yeux sur ce qui se passe au sein même de la DRH d'une collectivité territoriale ».



