Publicité « Il se nourrit de ma peur et de mes pleurs » : harcelée par son voisin près de Draguignan, elle dénonce l’inaction de la justice
Une habitante de Claviers a déposé une dizaine de plaintes depuis quatre ans à l’encontre de son voisin, qu’elle accuse de harcèlement moral et de violation de domicile. Longtemps sourde à son appel au secours, la justice vient enfin d’ouvrir une enquête.
Le voisin de Morgane s’est introduit à plusieurs reprises chez elle, allant jusqu’à détériorer ses caméras de vidéosurveillance.
Ce devait être un petit coin de paradis au cœur de la nature, à l’écart du petit village de Claviers. Au milieu des pins et alors que les cigales cymbalisent, Morgane vit pourtant un enfer. Son « cauchemar » a débuté en 2022. À l’époque, voilà trois ans que la jeune femme a posé ses valises dans cette petite maison au charme rustique ouvrant sur 9 000 m² de forêt. De l’autre côté du chemin des Canéoux, S., son voisin, se montre tout d’abord serviable et effectue même quelques travaux de maçonnerie. Au fil des mois néanmoins, il devient envahissant.
Onze plaintes en quatre ans
« J’ai composé un certain temps, mais il se mettait facilement en colère, se souvient Morgane. C’était cyclique. Et puis il est venu sur mon terrain en mon absence prendre des outils sans me demander. Là, j’ai dit stop. » Depuis lors, l’ancienne bergère, aujourd’hui reconvertie dans l’illustration, reçoit des « insultes » et des menaces de mort et subit « tout un tas » de nuisances (« sonores, déchets, détérioration de matériel… »). La première plainte sera déposée le 9 novembre 2022. Dix autres suivront, « sans que rien ne bouge ».
« J’ai tout fait dans les règles, j’ai fourni des preuves audios et vidéos aux gendarmes, j’ai un avocat qui a alerté le parquet, j’ai vu un expert psychologue, un médecin m’a octroyé deux fois huit jours d’ITT mais il ne se passe rien, déplore-t-elle. Je suis livrée à moi-même alors que des lois sont censées me protéger. » Le 10 avril dernier, comme il avait pu le faire fin août 2025, S. prononce de nouvelles insultes et « mime de se masturber » depuis l’autre côté du chemin alors que Morgane l’enregistre.
« Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour arranger cette situation, que je déplore, explique le maire Gérald Pierrugues, qui est intervenu plusieurs fois pour tenter de calmer S. Mais je ne suis ni gendarme, ni juge, ni procureur et encore moins psychiatre. »
Fil d’alimentation des caméras coupé au sécateur
Le mois dernier, le harcèlement a pris une autre dimension. Le 14, alors que la jeune femme a quitté les lieux pour se ressourcer en famille, S. est filmé en train de s’introduire dans sa propriété. Le 17, il découpe « à nouveau » un bout de sa clôture. Le 19, le quinquagénaire revient sur le terrain de Morgane et, après avoir vérifié qu’elle n’est pas là, coupe au sécateur les fils d’alimentation de ses deux caméras de vidéosurveillance.
Son calvaire se poursuit le lendemain à Callas. « J’étais avec une amie en train de prendre un café. Il était là, sans doute pour acheter des cigarettes. Il m’a vue, s’est approché et m’a craché au visage. Puis il m’a souri avant de partir… Je suis à bout. Je n’en peux plus. Il se nourrit de ma peur et de mes pleurs. »
Présentant des signes évidents de stress - elle sursaute au moindre hurlement de S., ce qui arrivera à trois reprises pendant son entretien avec Var-matin - Morgane a un temps voulu vendre. Mais S. avait alors perturbé les visites « en klaxonnant et en hurlant » selon l’agent immobilier. Aujourd’hui, Morgane a décidé de rester, d’interpeller le ministre de la Justice via un post Facebook et de médiatiser son quotidien. « Ce n’est pas aux victimes de partir. Sinon les agresseurs continueront toujours. »
« Un sentiment d’impuissance couplé à une peur réelle »
« Il y a un vrai sentiment d’impuissance couplé à une peur réelle, confirme son avocat, Me Rudy Romero. Là où elle habite, si elle crie, personne ne l’entendra. Je regrette l’inaction des magistrats malgré la répétition de faits délictueux et m’interroge sur un éventuel dysfonctionnement du service public de la justice dans ce dossier. »
Devant « l’absence de réaction des autorités », une citation directe a donc été délivrée en novembre 2025. Mais l’audience, prévue le 18 mars dernier, a été renvoyée à l’année prochaine. Pour autant, la multiplication des plaintes déposées par Morgane semble avoir lancé la machine judiciaire. Selon nos informations, une enquête sous la qualification de harcèlement vient d’être ouverte par le procureur Pierre Couttenier. En parallèle, précise ce dernier, « le tribunal est déjà saisi par la partie civile ainsi que le médiateur suite à une plainte récente ».
En attendant que la justice passe, S. « continue ses agissements ». Et Morgane vit toujours dans la peur.



