Une confrontation tendue au cœur du procès en appel
Pendant deux heures intenses, Me Philippe Bouchez El Ghozi, l'avocat de Claude Guéant, a répliqué avec virulence aux attaques formulées par Nicolas Sarkozy la semaine précédente. L'ancien président avait mis en cause la probité de son ancien bras droit lors du procès en appel du financement libyen de la campagne présidentielle de 2017.
Une absence qui résonne fortement
Empêché par des problèmes de santé d'assister personnellement à l'audience, c'est par la voix de son défenseur que Claude Guéant a déstabilisé Nicolas Sarkozy ce mardi 14 avril. Pour ce dernier jour d'interrogatoire, le contraste avec les audiences précédentes s'est révélé particulièrement cruel pour l'ex-chef de l'État, déjà condamné en première instance à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs.
Les accusations portées par l'avocat
Dès les cinq premières minutes de l'audience, Me Bouchez El Ghozi s'est levé pour entamer sa longue riposte. Il a dénoncé les "mises en cause extrêmement violentes sur la probité" de son client, affirmant qu'elles avaient occasionné une "profonde meurtrissure". L'avocat a communiqué une attestation écrite de Claude Guéant dans laquelle l'ancien préfet de 81 ans affirme : "Si, comme c'est vraisemblable, il est sous-entendu que l'intérêt personnel serait un intérêt financier, je tiens à affirmer que je n'ai jamais de ma vie reçu ni sollicité d'argent de quiconque."
Le raisonnement par hypothèse pointé du doigt
L'avocat a particulièrement ciblé le raisonnement de Nicolas Sarkozy concernant les accusations de financement libyen : "Pourquoi raisonnez-vous par hypothèse pour Claude Guéant en laissant entendre qu'il aurait pu bénéficier d'argent libyen ? Un raisonnement par hypothèse serait admissible pour Claude Guéant mais pas pour vous ?" Cette question met en lumière l'argument central de la défense de l'ancien président, qui insiste sur l'absence de preuve d'un financement libyen de sa campagne.
Le changement de perception dénoncé
Me Bouchez El Ghozi a exprimé son incompréhension face au revirement de Nicolas Sarkozy : comment celui qu'il qualifiait d'"honnête homme" en première instance ne le serait plus subitement un an plus tard ? L'ancien président a tenté d'expliquer ce changement : "Le pouvoir présente une telle pression que certains peuvent, à un moment ou un autre, disjoncter." Puis, d'un ton glacial, il a ajouté : "Peut-être qu'il m'a fallu un temps de digestion. Parfois, j'ai trouvé que certaines choses étaient un peu indigestes."
Les tensions à l'audience
La confrontation est devenue particulièrement tendue lorsque Nicolas Sarkozy, inhabituellement nerveux, s'est agacé : "Pardon, mais vous n'êtes pas mon avocat." À quoi Me Bouchez El Ghozi a répondu : "Non. Je suis celui de Claude Guéant", avant d'ajouter avec insinuation : "Des esprits chagrins pourraient considérer que ces déclarations pourraient constituer une nouvelle stratégie de défense facilitée par l'absence médicalement imposée de Claude Guéant..."
Les accusations précises
Outre la rencontre secrète avec Abdallah Senoussi, le beau-frère de Mouammar Kadhafi, Claude Guéant est accusé d'avoir accepté :
- Une montre de luxe
- 500 000 euros de l'intermédiaire Alexandre Djouhri
Le témoignage écrit de Guéant
Dans son attestation, l'ancien préfet soutient que Kadhafi a évoqué le sort judiciaire de son beau-frère lors d'un dîner officiel à Tripoli en juillet 2007, en présence de Nicolas Sarkozy fraîchement élu. "Claude, voyez cela", lui aurait alors demandé le chef de l'État. Un épisode catégoriquement démenti par Nicolas Sarkozy, qui a ironisé : "Je suis heureux pour Claude Guéant qu'il ait retrouvé cette mémoire-là et qu'il soit suffisamment en forme pour se souvenir de ce qu'il s'est passé il y a dix-neuf ans."
Les sentiments après l'incarcération
À la barre, Nicolas Sarkozy a déclaré comprendre "qu'il y ait pu avoir beaucoup de tristesse, de regrets, d'aigreur" chez Claude Guéant. Mais il a ajouté avec amertume : "Quand je suis rentré à la (prison de) la Santé, vous croyez que j'avais des sentiments grandioses à l'endroit de mes amis qui avaient rencontré Senoussi ?"
Cette journée d'audience a donc été marquée par une confrontation rare entre un ancien président et le défenseur de son ancien collaborateur, révélant les profondes fractures au sein de l'ancienne équipe présidentielle face aux accusations de financement libyen.



