Grève au Ditep des Garrigues : les professionnels dénoncent la mise en danger des jeunes
Ce mardi 10 mars, un piquet de grève s'est tenu devant le Ditep (Dispositif d'institut thérapeutique, éducatif et pédagogique) des Garrigues, à Sanilhac-Sagriès dans le Gard. L'action, organisée de 11 heures à 14 heures, s'inscrivait dans le cadre d'une journée nationale de mobilisation du secteur médico-social, à l'appel d'une intersyndicale réunissant la CGT, CFDT, FO et Sud Santé Sociaux.
Une mobilisation pour alerter sur une situation critique
Une dizaine de personnes, principalement des salariés de la structure et des militants syndicaux, se sont rassemblées devant l'établissement. Cette initiative constituait la seule action organisée dans le Gard pour cette journée de mobilisation. Les professionnels du secteur social et médico-social ont voulu alerter sur une situation qu'ils jugent de plus en plus critique, dénonçant un manque de moyens, des conditions de travail dégradées et les conséquences sur l'accompagnement des jeunes.
Le Ditep des Garrigues accueille des jeunes de 11 à 18 ans présentant des troubles du caractère et du comportement. L'établissement compte environ 60 salariés pour accompagner plus de 70 jeunes, mais selon les représentants syndicaux, la situation interne s'est fortement dégradée ces dernières années.
Des conditions de travail préoccupantes
Franck Walther, éducateur spécialisé au sein de l'établissement et cosecrétaire du syndicat Sud Santé Sociaux 30/48, détaille les difficultés : "Nous avons de nombreux arrêts maladie. Sur quatre psychologues, une seule est actuellement en poste. Le pédopsychiatre est parti à la retraite cet été et n'a pas été remplacé."
Du côté des éducateurs, plusieurs absences ont également conduit à la fermeture de l'internat et à un important turnover des équipes. Pour compenser, l'établissement a recours à l'intérim, mais le secteur souffre d'un manque d'attractivité. "Il est très difficile de recruter. Et quand on y arrive, ce sont parfois des personnes non qualifiées, alors que ces métiers nécessitent une formation spécifique", poursuit-il.
Des conséquences directes pour les jeunes accueillis
Selon les professionnels mobilisés, ces difficultés ont un impact direct sur les jeunes accueillis. "Les enfants ont besoin de repères et de stabilité. Avec le turnover et le manque de moyens, cela devient très compliqué", souligne l'éducateur. Certains salariés évoquent également une augmentation des tensions qui se traduirait par des violences entre les jeunes ou envers les éducateurs.
Valérie, éducatrice spécialisée présente dans la structure depuis 28 ans, témoigne : "On est de plus en plus en souffrance pour ceux qui restent. Ce sont les gamins qui sont en souffrance au final. Il y a une mise en danger des jeunes."
Des revendications centrées sur les salaires et la reconnaissance
Parmi leurs revendications figurent :
- Une augmentation des salaires
- L'embauche de personnels supplémentaires
- Un financement public à la hauteur des besoins
- La reconnaissance des diplômes et des métiers
"Les salaires sont gelés depuis trente ans. Avec l'inflation, certains professionnels retrouvent quasiment au smic malgré leur ancienneté", alerte Franck Walther. Les organisations syndicales dénoncent également ce qu'elles qualifient de "marchandisation" du secteur, avec une logique de rentabilité qui l'emporterait sur l'accompagnement des personnes.
Deux droits d'alerte ont été déposés par les représentants du personnel concernant les conditions de travail et la qualité des accompagnements. Les professionnels s'interrogent : "Les salariés tiennent le secteur à bout de bras, mais jusqu'à quand ?"



