Grèce : quatre condamnations dans le scandale des écoutes illégales avec le logiciel Predator
Grèce : quatre condamnés dans l'affaire des écoutes Predator

Grèce : quatre condamnations pour écoute illégale dans le scandale Predator

Près de quatre ans après l'éclatement de l'affaire des écoutes téléphoniques illégales en Grèce, la justice a rendu son verdict, jeudi 26 février, condamnant quatre personnes à huit ans de prison ferme. Ce retentissant scandale, souvent qualifié de Watergate grec, a éclaboussé le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis et secoué les fondements démocratiques du pays.

Les accusés et les charges retenues

Deux Israéliens et deux Grecs, tous absents lors de l'énoncé du verdict, ont été reconnus coupables par la cour pénale d'Athènes. Les charges incluent la violation du secret des communications téléphoniques, l'intervention répétée dans un système d'archivage de données personnelles, et l'accès illégal à des systèmes d'information. Parmi eux figure Tal Dilian, ancien militaire israélien et fondateur d'Intellexa, une entreprise spécialisée dans les logiciels espions, qui a commercialisé en Grèce le logiciel Predator. Ses coaccusés sont sa compagne et deux anciens responsables grecs de la société.

Les avocats des condamnés ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel, et le juge a précisé qu'ils resteraient libres en attendant le procès en appel. Le dossier sera également transféré au parquet d'Athènes pour enquêter sur des faits d'espionnage supplémentaires, le juge soulignant que de nombreuses victimes, dont des membres du gouvernement et des chefs militaires, n'ont pas été interrogées sur la présence de secrets d'État dans leurs téléphones.

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Un scandale aux ramifications politiques profondes

Le logiciel Predator, capable d'infiltrer les téléphones portables pour accéder aux messages, photos, et même activer à distance le micro et la caméra, a ciblé plus de 90 personnalités. Celles-ci incluent des ministres du gouvernement Mitsotakis, des journalistes, des entrepreneurs, et de hauts gradés de l'armée. Thanassis Koukakis, journaliste d'investigation à l'origine des révélations en 2022 et lui-même victime, a salué le verdict comme une bonne journée pour la démocratie et l'État de droit en Grèce.

Nikos Androulakis, chef de l'opposition socialiste Pasok-Kinal, a quant à lui dénoncé une lourde défaite pour l'État parallèle organisé par le système du palais Maximou, la résidence officielle du premier ministre. Il a été victime d'une tentative d'infection de son téléphone lorsqu'il était député européen et a déposé un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).

Les répercussions et les réactions internationales

Le scandale a entraîné des conséquences politiques majeures, notamment la démission de Grigoris Dimitriadis, neveu et proche collaborateur du premier ministre, ainsi que celle du directeur des services de renseignement EYP. Kyriakos Mitsotakis a dû affronter une motion de censure au Parlement et a affirmé que l'État grec n'avait jamais acheté ou utilisé Predator, une déclaration jugée peu convaincante par le procureur.

Sur le plan international, Intellexa a été placée par les États-Unis sur une liste noire en 2023, l'empêchant de réaliser des transactions avec des entités américaines, tout comme Cytrox, la société ayant développé Predator. Tal Dilian a également fait l'objet de sanctions individuelles.

Malgré une décision de la Cour suprême grecque en juillet 2024 disculpant les services de renseignement et les responsables politiques, l'affaire continue de susciter l'indignation. Christos Kaklamanis, avocat de M. Androulakis, a dénoncé devant la Cour un possible étouffement de l'enquête, soulignant les doutes persistants sur la transparence des procédures.

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