Var : la loi Littoral, un rempart contre la bétonisation fête ses 40 ans
Var : 40 ans de loi Littoral, un rempart pour la côte

Il y a quarante ans, la loi Littoral était adoptée à l'unanimité le 3 janvier 1986, marquant un tournant décisif dans la protection des côtes françaises. Dans le Var, cette loi a permis de sanctuariser 30 % du littoral encore vierge, contrairement aux Alpes-Maritimes où 97 % du rivage était déjà urbanisé. Son principe clé : une bande inconstructible de 100 mètres depuis le rivage.

Une loi née de la méfiance

La loi Littoral visait à freiner la bétonisation sauvage. « En transférant les permis de construire aux maires en 1982, l'État a voulu agir avant que le paysage ne soit irrémédiablement modifié », explique Michaël Revert, président assesseur à la cour administrative d'appel de Marseille. « Au début, les maires avaient une approche à géométrie variable », ajoute-t-il. Dans le Var, la loi est arrivée à point nommé : près de 80 zones d'aménagement concerté (ZAC), centres de vacances et golfs menaçaient des sites exceptionnels. Les associations environnementales ont saisi l'opportunité juridique pour bloquer les projets les plus farfelus, multipliant les recours devant les tribunaux.

Pardigon, un symbole de victoire

Parmi les batailles emblématiques, le projet Pardigon, porté par le groupe Pierre et Vacances en 1990, prévoyait un centre de vacances de 93 hectares avec golf et logements. Grâce à l'action du Conservatoire du littoral et des associations, le Conseil d'État a annulé le projet en reconnaissant l'espace comme remarquable au titre de la loi Littoral. Le site a été cédé au Conservatoire en 2011 et renaturé. Aujourd'hui, il accueille des projets de maraîchage et de pâturage en lien avec le Parc national de Port-Cros.

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Les marais salants d'Hyères sauvés

Autre combat : les salins des Pesquiers à Hyères. La Compagnie des salins du Midi voulait y construire un port intérieur. Le Conservatoire du littoral a mené un bras de fer de 1980 à 2000, aboutissant au rachat des salins pour 12 millions d'euros. « La plus grande zone humide littorale entre la Camargue et l'Italie est sauvée », se félicite Christian Desplats, ancien délégué régional du Conservatoire. De même, le projet de gravière aux étangs de Villepey à Fréjus a été stoppé, et l'ancienne ferme des Esclamandes deviendra un lieu de médiation pédagogique fin 2027.

Une jurisprudence féroce

Ces batailles ont généré une jurisprudence abondante. « Des cohortes de jugements tous plus féroces les uns que les autres », se souvient Gil Bernardi, ancien maire du Lavandou. Certaines communes ont lutté des années pour étendre une marina ou construire une digue. « La loi a eu une vertu extrême : protéger le littoral de la bétonisation », estime Bernardi, qui fut vice-président de l'Association nationale des élus des littoraux. « Elle a fait comprendre au grand public que la plupart des maires étaient opposés à la bétonisation. »

Le fiasco du golf du Lavandou

Exemple emblématique : le golf du Lavandou. Lancé en 1988 par le maire Louis Faedda, le projet de 80 hectares sur les pentes des Maures comprenait un golf 18 trous, un hôtel et une centaine de logements. Malgré des investissements colossaux (40 millions de francs), le Conseil d'État a bloqué la partie immobilière en 1994 au titre de la loi Littoral. La commune a hérité d'un golf abandonné et de dettes. « On s'est battu pendant 20 ans, cela nous a coûté des millions », raconte Gil Bernardi, élu en 1995. « C'est une expérience cuisante, mais aussi un bel exemple de l'application de la loi. »

Un héritage renforcé

La loi Climat et Résilience de 2021 est venue renforcer la loi Littoral, imposant aux communes d'éviter l'étalement urbain et d'anticiper l'érosion du trait de côte. Avec la montée des eaux, l'importance de cette loi est plus que jamais évidente. « Entre 2026 et 2027, 140 bâtiments devront être indemnisés sur le littoral méditerranéen. Si on avait laissé urbaniser davantage, il y en aurait beaucoup plus », conclut Bernardi. La loi Littoral, précurseure, a montré la voie à l'Europe et laissé aux générations futures des outils essentiels pour protéger les richesses naturelles.

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