Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé vendredi 22 mai sur RMC avoir saisi le bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris pour déterminer si Me Francis Vuillemin, avocat du prédicateur Abdelhakim Sefrioui, a manqué à la déontologie en « salissant » la mémoire de Samuel Paty. Me Vuillemin avait déclaré à la presse, avant l'ouverture du procès le 26 janvier, que Samuel Paty « procédait à la discrimination des élèves musulmans », provoquant un tollé.
Un manquement au devoir de délicatesse
Édouard Geffray a estimé que ces propos constituent un manquement au « devoir de délicatesse et de courtoisie, de mémoire, de modération », d'autant qu'ils ont été tenus « à l'extérieur du prétoire ». Le ministre a indiqué avoir « souhaité saisir le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris ». L'Ordre a réagi en précisant que si la saisine est effective, elle donnera lieu à l'ouverture d'un dossier au sein de ses commissions déontologiques et fera l'objet d'un examen attentif.
La défense de Me Vuillemin
Me Vuillemin a répondu en affirmant que « le bâtonnier Louis Degos a déclaré publiquement ne voir aucune infraction. Ma sérénité est impériale ». Il a qualifié la démarche du ministre de « pauvre coup de communication », ajoutant que le cours de Samuel Paty était « bancal et discriminant ». Selon lui, ses déclarations s'inscrivaient dans le strict exercice des droits de la défense, même hors prétoire. Il a également dénoncé un empiètement du ministre sur le judiciaire et une atteinte à la séparation des pouvoirs, l'affaire n'étant pas définitivement jugée en raison d'un pourvoi en cassation.
Réactions autour du film « L'Abandon »
Édouard Geffray a par ailleurs jugé « d'intérêt public » le film « L'Abandon », qui revient sur les dix jours précédant l'assassinat de Samuel Paty, tout en précisant qu'il ne fallait pas obliger les professeurs ou les élèves à le voir. Un dossier pédagogique sera mis à disposition de ceux qui le souhaitent. Me Vincent Brengarth, autre avocat d'Abdelhakim Sefrioui, a dénoncé une « démarche totalement opportuniste » du ministre, intervenant en marge de la promotion du film, des mois après le procès. Selon lui, il s'agit d'un contre-feu face à ce qui devrait être au centre de l'attention, à savoir le rôle de l'État dans l'enchaînement des événements. Me Vuillemin a qualifié le film de « révisionniste et de propagande d'extrême droite ».



