Boycott des cartes UGC : une menace pour les cinémas indépendants
Boycott des cartes UGC : menace pour les cinémas indépendants

Le collectif Zapper Bolloré appelle à se rassembler « contre le rachat d’UGC et contre l’emprise grandissante de l’extrême droite » et, pour ce faire, dans son appel publié en ligne, lance l’injonction « Résiliez vos cartes UGC » et « Soutenez les cinémas indépendants ». L’intention politique est claire. Le problème, c’est la méconnaissance des conséquences du geste. La carte illimitée n’est pas seulement, en effet, un produit UGC, c’est un mécanisme de fréquentation et de redistribution qui, depuis longtemps, dépasse UGC et concerne aussi des salles partenaires. Parmi elles, les MK2, le Reflet Médicis, la Champo, l’Arlequin, le Lucernaire, le Saint-André des Arts, le Balzac et le Louxor, à Paris. Le Capitole à Suresnes, le Bijou à Noisy-Le-Grand, le Grand Ecran, à Lagon, la Lanterne, à Bègles, le Majestic, à Lille, le Confluences, à Bar-le-Duc, le Cosmos, le Star et le Vox à Strasbourg, etc. Boycotter la carte reviendrait à assécher un flux de recettes dont vivent précisément des cinémas et des films plus fragiles. Est-ce bien ce que veulent celles et ceux qui protestent contre l’emprise de Vincent Bolloré sur le cinéma ?

La naissance controversée de la carte illimitée

La carte illimitée est née en 2000 dans la polémique. À l’époque, UGC lance, à grand renfort de publicité, un abonnement à 98 francs par mois, soit moins de 15 euros. Tollé immédiat chez les exploitants indépendants, qui crient à la concurrence déloyale. La ministre de la Culture, Catherine Tasca, convoque le cofondateur d’UGC, Guy Verrecchia, rue de Valois. « Comment avez-vous osé ne pas informer les pouvoirs publics de votre initiative ? » lui reproche la socialiste. Le Conseil de la concurrence est saisi. Droits dans leurs bottes, Guy Verrecchia et son associé Alain Sussfeld tiennent bon. Le 25 juillet 2000, le Conseil de la concurrence conclut à l’absence d’abus de position dominante et autorise la vente de la carte illimitée. Elle devient la matrice de tous les abonnements, qui se généraliseront ensuite.

Des cartes vitales pour le secteur

Vingt-six ans après, la carte UGC illimitée et ses concurrentes sont devenues essentielles pour la croissance du secteur et pour la défense de la diversité des films. En effet, elle offre aux cinémas – et pas qu’aux 55 cinémas UGC – des revenus réguliers et plus de liberté pour programmer des films d’auteur. En diminuant le coût marginal de la séance pour le spectateur assidu, l’illimité peut élargir le panier de films consommés, et pas seulement les films les plus évidents.

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Mais l’argument le plus décisif contre le boycott est ailleurs. L’argent ne disparaît pas dans un abonnement, puisqu’il est redistribué à l’acte. La carte UGC Illimitée, étant valable dans de nombreux cinémas d’art et d’essai, permet à ceux-ci de percevoir une rémunération sur ces entrées, reversée par UGC.

Des recettes pour les cinémas indépendants

« Aujourd’hui, de nombreux cinémas indépendants ont une part très significative des recettes, qui vient de la carte », explique un expert de l’économie du cinéma. Autrement dit : la carte ne finance pas uniquement un circuit ; elle participe, via des paramètres encadrés et des accords, à la rémunération de salles et des ayants droit, donc à l’économie d’une offre de films qui inclut l’art et essai.

C’est pourquoi l’injonction « Résiliez vos cartes UGC » est en contradiction avec « Soutenez les cinémas indépendants ». Moins d’abonnements, c’est moins d’entrées déclenchées par ces abonnés, donc moins de reversements, dans un secteur où les équilibres sont déjà tendus.

L’art de se tromper de cible

On peut vouloir combattre par le boycott une concentration capitalistique, avec le rachat – prévu en 2028 – d’UGC par Canal+, opération qui sera scrutée par l’Autorité de la concurrence. Mais un boycott efficace ne devrait pas confondre la cible et l’écosystème. En visant la carte illimitée, on risque de fragiliser un mécanisme qui pousse à voir plus de films et fait circuler l’argent vers des salles et des œuvres qui ne sont pas les mieux armées pour encaisser une baisse de fréquentation.

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