Une ex-mannequin suédoise rompt le silence sur des violences sexuelles liées à l'affaire Epstein
Dans un témoignage poignant, Ebba P. Karlsson, ancienne mannequin suédoise âgée de 56 ans, a détaillé devant les enquêteurs parisiens les violences sexuelles qu'elle aurait subies en 1990. Son audition s'est déroulée jeudi dernier auprès de l'OCRTEH, l'Office français spécialisé dans la répression de la traite des êtres humains, dans le cadre des investigations élargies sur la galaxie Epstein.
Une plainte déposée après la découverte dans les archives Epstein
Ebba P. Karlsson a formellement porté plainte le 10 février dernier pour des faits de viol et d'exploitation sexuelle commis il y a plus de trente ans. Sa démarche judiciaire a été déclenchée par l'identification de Daniel Siad, recruteur de mannequins, dans les archives déclassifiées du dossier Epstein. "J'ai eu envie de vomir", a-t-elle confié à l'AFP en évoquant ce moment de reconnaissance.
La plaignante affirme avoir été violée à l'âge de 20 ans par Daniel Siad, qui l'aurait ensuite mise en contact avec Gérald Marie, ancien directeur de la prestigieuse agence Elite. Ce dernier est également accusé d'agression sexuelle. Au moins une autre plainte pour trafic d'êtres humains a été déposée contre M. Siad, selon des sources proches du dossier.
Le récit détaillé d'une nuit traumatisante
Ebba P. Karlsson se souvient avec précision des circonstances de l'agression. Repérée en Suède par Daniel Siad, elle s'était rendue à Monaco pour un prétendu travail de mannequinat, avant d'être conduite à Cannes. "Ce soir-là, dans ce cabanon, il m'a violée. Personne ne savait où j'étais. Je n'avais pas de téléphone. Je ne pouvais pas m'enfuir. J'étais comme paralysée", raconte-t-elle, la voix empreinte d'émotion.
Le lendemain, elle découvre un faux passeport dans le sac de son agresseur présumé. Malgré son angoisse, elle le suit à Paris où Daniel Siad prétend avoir obtenu un casting chez Elite. C'est là qu'elle rencontre Gérald Marie, dont le comportement aurait rapidement dérapé.
Une rencontre glaçante avec le directeur d'Elite
"Il a sorti des portfolios et m'a demandé : 'Vous reconnaissez ces femmes ?'. Puis il s'est approché de moi et m'a demandé : 'À votre avis, que font-elles pour gagner des sommes astronomiques ?' Et il a glissé sa main entre mes jambes, vers mes parties intimes", relate Ebba P. Karlsson. "J'ai eu l'impression qu'il m'avait tranché la tête, j'ai perdu toute force", ajoute-t-elle, les yeux embués de larmes.
Pour échapper à cette situation, elle feint d'accepter le travail mais prétexte devoir retourner en Suède préalablement. Elle ne reviendra jamais et gardera le silence pendant des décennies sur ces "dix jours" qui lui ont "fait perdre son innocence".
Les réactions des avocats de la défense
Les deux hommes mis en cause contestent fermement ces accusations. L'avocate de Daniel Siad, Ménya Arab-Tigrine, a déclaré que son client "souhaite être entendu au plus vite" et a rappelé que "le droit de se défendre est un principe à valeur constitutionnelle".
Concernant Gérald Marie, son avocate Céline Bekerman a précisé que les "allégations" le visant "ont déjà été examinées par la justice française" et ont abouti à un classement en février 2023 pour prescription, les faits remontant à 1990.
Un cheminement vers la reconstruction
Ebba P. Karlsson appartient aujourd'hui au collectif "Victorious Angels – WE RISE" qui a récemment demandé à la procureure de Paris d'étendre les investigations sur Gérald Marie. Si son audition s'est "très bien passée" selon ses dires, le processus reste douloureux.
"J'ai guéri cette jeune fille", affirme-t-elle aujourd'hui. "Mais quand j'en parle, les souvenirs reviennent très fort. Je dois me rappeler qui je suis aujourd'hui. J'ai le choix de me sentir comme une victime ou de me sentir forte grâce aux leçons que j'ai apprises". Son témoignage s'inscrit dans la vague de révélations qui continue d'éclabousser l'entourage de Jeffrey Epstein, plus de quatre ans après la mort du financier américain.



