Un enseignant franc-comtois soupçonné d'une supercherie internationale
Un professeur de lettres franc-comtois est désormais suspecté par la justice d'avoir orchestré une « gigantesque supercherie » en inventant de toutes pièces une récompense internationale de philologie. Florent Montaclair, né en 1970, enseignant du secondaire depuis 25 ans à l'institut de formation des professeurs (Inspé) rattaché à l'université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, fait l'objet d'une enquête pour faux, usage de faux, escroquerie et usurpation de titre.
La mystérieuse « Médaille d'or de philologie »
Florent Montaclair s'était prévalu en 2016 de la « Médaille d'or de philologie », décernée par la « Société internationale de philologie » et présentée comme « équivalent du prix Nobel » dans cette science du langage. Selon des images retrouvées par le quotidien régional « L'Est républicain », il s'était fait remettre cette médaille par le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, au Palais-Bourbon, en présence de plusieurs scientifiques de renom.
Comment les doutes se sont installés
Les premiers à avoir publiquement mis en doute la réalité de ce prix sont des journalistes roumains en 2019, après qu'un philologue de Bucarest, Eugen Simion, eut remporté cette vraie-fausse distinction. Sur le site Internet de la « Société internationale de philologie », la liste des récipiendaires comprend des noms prestigieux comme l'écrivain italien Umberto Eco ou le linguiste états-unien Noam Chomsky.
Ce dernier, le seul encore vivant avec Florent Montaclair, avait affirmé aux journalistes roumains ne pas se souvenir avoir reçu cette distinction. De plus, le nom d'un des supposés lauréats comporte une faute de frappe évidente : le linguiste allemand Hans Helmut Christmann est orthographié « Christvann ».
Une enquête judiciaire révélatrice
Après un signalement à la justice de l'université Pasteur en 2025, l'enquête a permis de constater qu'il n'existait pas de médaille d'or de philologie reconnue internationalement, et que la soi-disant société internationale ne reposait que sur un site internet « minimaliste ». Le procureur de Montbéliard, Paul-Édouard Lallois, privilégie désormais l'hypothèse d'une « véritable supercherie à une échelle internationale créée par cet enseignant ».
Des explications « alambiquées »
Placé en garde à vue et interrogé, Florent Montaclair a livré des explications « assez alambiquées » et parfois contradictoires. Il a reconnu avoir lui-même commandé la médaille auprès d'un joaillier français pour 250 euros, et l'avoir fait livrer à une association culturelle de Besançon... domiciliée chez ses parents.
Mais il a contesté la qualification pénale de faux, affirmant que « pour qu'il y ait un faux, il faut qu'il y ait un vrai de référence », et que créer une médaille sans valeur n'avait rien d'illégal. L'escroquerie pourra cependant être caractérisée « si la médaille a eu une incidence sur son parcours professionnel », a prévenu le procureur.
Un faux doctorat en ligne de mire
Plus grave encore, l'enquête vise également un soi-disant doctorat qu'il aurait obtenu en 2015 à la prétendue Université de Philologie et éducation de Lewes, dans le Delaware, un établissement à l'existence douteuse qui hébergerait la société internationale de philologie.
En 2018, le ministère de l'Enseignement supérieur avait refusé d'homologuer ce diplôme que Florent Montaclair avait joint à son dossier pour tenter de devenir professeur universitaire. Une procédure judiciaire avait été ouverte à l'époque, mais elle s'était embourbée selon le procureur.
Conséquences disciplinaires et judiciaires
Florent Montaclair n'a pas fourni « les éléments justificatifs permettant d'étayer ses déclarations », et de ce fait l'université Pasteur a indiqué avoir pris à son encontre une sanction disciplinaire pour « manquement présumé aux obligations déontologiques et aux principes d'intégrité scientifique applicables aux agents publics ».
L'avocat du professeur, Jean-Baptiste Euvrard, s'est borné à indiquer qu'« en l'état, M. Montaclair n'est poursuivi de rien. Il n'est ni prévenu ni mis en examen », sans se prononcer sur le fond de cette affaire « un peu croquignolesque ». Son client entend contester la sanction disciplinaire. Les infractions qui lui sont reprochées par le parquet sont passibles au maximum de cinq ans d'emprisonnement.



