Le 5 juin 2004, le député-maire Vert de Bègles, Noël Mamère, célébrait illégalement l'union de deux hommes, Stéphane Chapin et Bertrand Charpentier. Cet acte, bien que contraire à la loi, a marqué un tournant dans le débat sur le mariage homosexuel en France. Vingt ans plus tard, Mamère revient sur cet épisode qui a contribué à l'adoption de la loi Taubira en 2013.
Une initiative collective, pas un coup médiatique
Noël Mamère insiste : ce mariage n'était pas une opération de communication personnelle. « Il ne s'agit pas d'une initiative individuelle, à la recherche désespérée des lumières des caméras, mais d'une initiative collective », explique-t-il. Tout est parti de l'agression homophobe de Sébastien Nouchet à Lille en janvier 2004. Un manifeste pour l'égalité des droits, incluant le mariage des personnes de même sexe, recueille plus de 3 000 signatures, dont celle de Mamère. Avec d'autres élus, il annonce être prêt à célébrer ces unions, mais le maire de Paris, Bertrand Delanoë, refuse. Mamère se retrouve alors seul en première ligne.
Le jour où tout a commencé
Alors qu'il est à l'Assemblée nationale, le responsable de la communication de la mairie de Bègles l'appelle : « Écoute, Noël, il y a deux gars qui viennent d'arriver à la mairie. Ils t'ont entendu à la télé et ont décidé de se marier. Qu'est-ce qu'on fait ? » Mamère n'hésite pas : « Ils sont là, on les marie. » Les deux hommes, un aide-soignant et un magasinier, ne sont pas des militants choisis pour l'occasion. Le mariage est célébré sous les huées des opposants réunis devant la mairie.
Une gauche frileuse
La droite s'oppose fermement, mais le Parti socialiste aussi prend ses distances, cinq ans après l'adoption du Pacs. Mamère déplore « la frilosité du personnel politique et d'une gauche qui nous a amenés là où on en est aujourd'hui ». Il rappelle que François Hollande, en 2013, a suggéré aux maires une clause de conscience pour ne pas marier des couples de même sexe. Le seul soutien notable à l'époque vient de Dominique Strauss-Kahn, tandis que Ségolène Royal qualifie l'initiative de « paillette ».
Une action écologiste cohérente
Mamère revendique son geste comme inscrit dans l'ADN des Verts, défenseurs de l'égalité des droits humains depuis leur création. « Je suis autant à ma place d'écolo quand j'arrache un pied OGM avec les Faucheurs volontaires que quand je marie des hommes », affirme-t-il. Il précise qu'au Parlement européen, une vice-présidente Verte venait de publier un rapport sur l'égalité des droits incluant le mariage homosexuel.
Des menaces et une protection
La mairie reçoit 4 000 lettres, dont certaines haineuses. Un médecin envoie onze courriers, le dernier orné d'un dessin de four crématoire. Le jour du mariage, des manifestants crient « les pédés en camp de concentration ». Philippe de Villiers se rend sur place, bras en croix, pour dénoncer « la chienlit ». Mamère dort à la mairie pour éviter d'être bloqué par les opposants. L'entrée est filtrée grâce à des bracelets de couleur, et l'ancien rugbyman Serge Simon participe à la sécurité.
Une morale réconfortante
Après la cérémonie, Mamère se rend à la Fête de la morue à Bègles, où il est accueilli sans hostilité. « Pour ces gens, c'était un samedi comme les autres », constate-t-il. Il en tire une leçon : « La société est beaucoup plus en avance que ses représentants le croient. » Le mariage est annulé un an plus tard par la cour d'appel de Bordeaux, et Mamère est suspendu un mois. Mais le couple s'est séparé peu après. Malgré tout, l'acte politique a durablement marqué les esprits et ouvert la voie au mariage pour tous.



