DZ Mafia : une opération d'envergure cible le cœur du réseau criminel
Les autorités judiciaires ont porté un coup sévère à la DZ Mafia, un groupe criminel dominant le trafic de drogue dans le sud de la France. À l'issue d'un vaste coup de filet mené en début de semaine par près de 900 gendarmes, le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, a annoncé ce samedi 14 mars 26 mises en examen et 15 placements en détention provisoire. Cette opération, issue d'une enquête ouverte début 2024, visait explicitement à attaquer « le cœur » de cette organisation, que le magistrat a décrite comme bien réelle et non comme « une construction policière ou journalistique ».
Un réseau criminel puissant et diversifié
La DZ Mafia, dont le nom fait référence à l'Algérie, contrôle actuellement le marché de la drogue à Marseille et étend son influence le long du Rhône et ailleurs en France. Émergé lors des violences marseillaises de 2023, ce groupe a supplanté le clan Yoda, instaurant un quasi-monopole qui explique le calme relatif observé récemment dans la région. Selon le procureur, la DZ Mafia dispose désormais d'une « branche armée capable de projeter des équipes commando en différents points du territoire pour défendre les intérêts de l'organisation ».
Les principaux suspects et la féminisation du narcobanditisme
Sur une quarantaine d'interpellations effectuées dans six départements, 26 personnes ont été mises en examen. Parmi elles, neuf femmes, ce qui témoigne d'une « véritable féminisation du narcobanditisme », a souligné Nicolas Bessone. Vingt des suspects sont originaires de la région marseillaise. Cinq personnes, dont les trois chefs présumés du clan – Amine O., Gabriel O. et Mahdi Z. – étaient déjà détenues, quatre d'entre elles dans des prisons de haute sécurité. Ces dirigeants présumés sont poursuivis pour « participation à une organisation criminelle », une qualification renforcée par la récente loi sur le narcotrafic.
Un avocat lyonnais écroué à l'isolement pour corruption
Fait rare, Kamel A., un avocat lyonnais, a été écroué à l'isolement. Il est soupçonné d'avoir été corrompu, permettant à l'un des chefs présumés de la DZ Mafia de communiquer avec l'extérieur depuis une prison de haute sécurité. « Des proches d'un cadre dirigeant de la DZ détenaient depuis plusieurs mois une ligne frauduleusement enregistrée comme étant celle de cet avocat », a expliqué le procureur. Le bâtonnier du Barreau de Lyon, Hubert Mortemard de Boisse, a saisi le Conseil de l'ordre pour demander l'interdiction d'exercice de ce confrère, tout en appelant à ne « pas faire d'amalgame » avec l'ensemble des avocats.
Deux rappeurs marseillais mis en cause
L'opération a également visé deux rappeurs issus de la scène marseillaise. Dika, qui compte plusieurs millions de vues sur YouTube et a collaboré avec des artistes comme Naps ou Alonzo, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. KITKVT, quant à lui, a été placé en détention provisoire. Leurs mises en cause illustrent la diversification des activités du groupe, qui pratique le racket de commerces ou de rappeurs « sous couvert de labels de production musicale ».
Des saisies financières et immobilières considérables
Les enquêteurs ont saisi 4 millions d'euros, 12 biens immobiliers et divers objets de luxe. Ils ont établi que chaque cadre dirigeant accumulait « un bénéfice net estimé à 300 000 euros par mois ». « Des sommes considérables qui ne sont pas flambées mais totalement réinvesties ou blanchies », expliquant ainsi « la pérennité et l'expansion de cette organisation », a précisé Nicolas Bessone.
Une hydre criminelle loin d'être décapitée
Pour le colonel Olivier Leblanc, commandant de la Section de recherches de la gendarmerie à Marseille, cette opération constitue « un coup supplémentaire », mais « il serait bien présomptueux de dire que c'est la fin » de la DZ Mafia. Le groupe fonctionne comme une hydre sans hiérarchie claire, avec des membres qui s'agrègent en prison et à l'extérieur, rendant sa déstructuration complexe. Cette affaire met en lumière la capacité du réseau à corrompre, son exceptionnelle surface financière et sa diversification dans des activités illicites variées, confirmant son ancrage profond dans le paysage criminel français.



