Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, se retrouve plus isolé que jamais face à une double fronde des avocats et des magistrats, qui contestent vivement son projet de loi sur la réforme de la justice. Selon des sources proches du dossier, le texte, qui doit être examiné à l'Assemblée nationale en septembre, suscite une opposition grandissante au sein des professions judiciaires.
Une mobilisation sans précédent
Les avocats, par la voix de leur conseil national, ont annoncé une grève illimitée à partir du 15 juillet si le gouvernement ne retire pas certaines dispositions clés. « Ce projet de loi porte une atteinte grave aux droits de la défense et à l'indépendance de la justice », a déclaré Me Sophie Leclerc, présidente du Conseil national des barreaux. De leur côté, les magistrats, via l'Union syndicale des magistrats (USM), ont déposé un préavis de grève pour la même période, dénonçant une « réforme technocratique qui ignore les réalités du terrain ».
Les points de blocage
Le projet de loi prévoit notamment la création de tribunaux spécialisés pour les affaires financières, la réduction des délais de prescription pour certains délits, et la limitation du recours à l'appel dans les affaires correctionnelles. Les avocats estiment que ces mesures réduisent les garanties procédurales, tandis que les magistrats craignent une surcharge de travail et une atteinte à leur indépendance.
Une adoption compromise
Face à cette double opposition, le ministre peine à rassembler une majorité pour faire adopter son texte. Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Monde, 62 % des Français estiment que le projet de loi va trop loin dans la répression, tandis que 28 % le jugent nécessaire. Au sein de la majorité, plusieurs députés expriment leurs réserves, et des voix s'élèvent pour demander un report de l'examen du texte.
Les réactions politiques
L'opposition de gauche et d'extrême droite s'est emparée du sujet. La députée insoumise Mathilde Panot a qualifié le projet de « loi liberticide », tandis que le Rassemblement national a déposé une motion de rejet. Le gouvernement, de son côté, tente de temporiser. « Le dialogue reste ouvert », a assuré le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, tout en maintenant le calendrier.
Les conséquences pour Darmanin
Cette crise intervient à un moment délicat pour Gérald Darmanin, déjà fragilisé par plusieurs affaires et par une baisse de popularité. Selon un baromètre Kantar, sa cote de confiance est tombée à 32 %, son plus bas niveau depuis sa nomination. Si le projet de loi devait être retiré ou profondément modifié, cela constituerait un revers politique majeur pour le ministre, qui en a fait l'une de ses priorités.



