La Cour de cassation invalide la libération du militant libanais Georges Ibrahim Abdallah
La plus haute juridiction judiciaire française a rendu un arrêt qui pourrait rester purement théorique. Mercredi 1er avril, la Cour de cassation a annulé la libération conditionnelle accordée en juillet dernier à Georges Ibrahim Abdallah, militant libanais propalestinien condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Un vice de forme juridique pointé par la Cour
La décision de la Cour de cassation s'appuie sur un argument technique. "En cas de condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, la libération conditionnelle ne peut être accordée tant que le condamné n'a pas été placé sous le régime de la semi-liberté, du placement à l'extérieur ou du placement sous surveillance électronique pendant une période d'au moins un an" en France, a précisé la Cour dans son arrêt.
Or, la Cour d'appel de Paris avait accordé la libération conditionnelle à Georges Ibrahim Abdallah en juillet, avec pour condition son départ du territoire français, considérant qu'il ne disposait pas de titre de séjour valide. Ce raisonnement a été rejeté par la Cour de cassation, qui a ainsi invalidé la décision de libération.
Une décision jugée "hypocrite" par la défense
L'avocat de Georges Ibrahim Abdallah, Maître Jean-Louis Chalanset, a vivement réagi à cette annulation. Il a dénoncé "une hypocrisie totale" et des "arguties" juridiques. En juillet dernier, au moment de la libération de son client, l'avocat avait déjà fustigé le long maintien en détention : "C'est à la fois une victoire judiciaire et un scandale politique qu'il ne soit pas sorti plus tôt, à cause du comportement des États-Unis et de tous les présidents français successifs".
Une annulation qui pourrait rester théorique
La décision de la Cour de cassation pourrait n'avoir qu'une portée formelle. En effet, Georges Ibrahim Abdallah a quitté le territoire français immédiatement après sa libération en juillet dernier, escorté par des policiers français qui ont veillé à son départ effectif vers le Liban, son pays d'origine.
Le militant libanais avait passé quarante années dans les prisons françaises, dont de nombreuses années au centre pénitentiaire de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées, en Occitanie. Ses soutiens le présentaient comme "le plus ancien prisonnier politique d'Europe" et militaient depuis des décennies pour sa libération.
Condamnation pour complicité dans des assassinats
Georges Ibrahim Abdallah avait été condamné à la perpétuité en 1987 pour complicité dans les assassinats de deux diplomates en 1982 :
- Le lieutenant-colonel américain Charles Ray
- L'Israélien Yacov Barsimantov, membre du Mossad
Reconnu comme chef des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), il avait toujours nié son implication directe dans ces assassinats, tout en refusant de condamner ce qu'il qualifiait d'"actes de résistance" contre "l'oppression israélienne et américaine".
Un film documentaire sur "L'affaire Abdallah"
Cette annulation judiciaire intervient alors que sort en salles, ce mercredi 8 avril, le film documentaire "L'affaire Abdallah" du réalisateur gardois Pierre Carles. Le cinéaste réagit à la décision de la Cour de cassation : "Cette décision purement formelle n'est qu'une péripétie. La France n'a aucune raison d'aller le chercher au Liban et même s'il y avait une demande d'extradition personne n'y donnerait suite puisque le Liban n'extrade pas ses nationaux".
Pierre Carles ajoute que son film documente "ce qui est anormal : les ingérences américaines, la durée de détention absolument anormale et la fake news de 1986 relayée notamment par le journal Le Monde : ont été attribués à Abdallah et à ses frères des attentats qu'ils n'ont pas commis, qui relevaient du contentieux franco-iranien".
La situation actuelle laisse donc planer une incertitude juridique sur le statut de Georges Ibrahim Abdallah, mais avec peu de chances de conséquences pratiques étant donné son retour définitif au Liban et l'absence de traité d'extradition entre les deux pays.



