Un colloque scientifique annulé dans la controverse
Initialement prévu le 22 juin au prestigieux Collège de France, le colloque intitulé « L’enfant, cible des idéologies » présentait un programme riche et classique. Impact des réseaux sociaux sur les adolescents, histoire du droit des enfants, politiques éducatives, discours médiatiques, contagion sociale et santé mentale figuraient parmi les thèmes abordés.
Un parrainage retiré et une annulation surprise
La Haute-Commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, avait initialement accepté de parrainer l'événement après avoir reçu le programme début mars. Cependant, trois semaines avant la date prévue, son cabinet a mis fin à ce parrainage par un bref courriel, évoquant « des contraintes d’agenda » et la gêne provoquée par « l’identité de la structure organisatrice ».
Peu après, le Collège de France a annulé la location de ses locaux, estimant que certains éléments du programme n'étaient « pas pleinement compatibles avec les principes de neutralité » de l'institution. Cette décision concerne principalement deux interventions sur une dizaine au total : l'une consacrée aux témoignages de jeunes ayant fait une transition de genre avant de faire marche arrière (les « détransitionneurs »), l'autre à la question de la dysphorie de genre chez les mineurs.
L'Observatoire La Petite Sirène au cœur de la polémique
L'événement était organisé par l'Observatoire La Petite Sirène, fondé en 2021 par Caroline Eliacheff, pédopsychiatre et psychanalyste, et Céline Masson, professeure des universités en psychopathologie de l'enfant à Amiens. Depuis sa création, cet observatoire documente ce qu'il considère comme une médicalisation excessive et prématurée d'adolescents en souffrance.
« Nous ne nions pas la réalité de la dysphorie de genre, répond Céline Masson. Nous demandons simplement que la médecine applique à ce sujet les mêmes exigences de prudence et de preuve qu'à n'importe quel autre. »
Cette position critique leur a valu d'être régulièrement accusées de « transphobie ». Dans les jours ayant précédé l'annulation, certains intervenants auraient subi des pressions de médecins partisans de l'approche « trans-affirmative », leur conseillant de ne pas participer.
Un contexte scientifique en évolution
Ce retournement intervient dans un contexte scientifique qui a profondément changé. Pendant des années, la médecine répondait à la détresse des adolescents se percevant comme transgenres par l'approche « trans-affirmative », avec un taux de regret jugé négligeable.
Mais en avril 2024, une revue indépendante commandée par le système de santé britannique (le Cass Review) a conclu que les preuves scientifiques sur ces traitements chez les mineurs étaient « remarquablement faibles ». La Suède, la Finlande et la Norvège ont depuis restreint ou suspendu ces prescriptions.
En France, la Haute Autorité de Santé a reporté ses propres avis sur le sujet, faute de « données suffisamment robustes ». Une étude finlandaise publiée le 4 avril dernier, portant sur 2 000 jeunes suivis pendant vingt-cinq ans, concluait que les transitions médicales n'avaient pas amélioré la santé mentale des adolescents concernés.
La question de la neutralité scientifique
« Quelle neutralité ? réplique Céline Masson. Le Collège de France n'a jamais, à notre connaissance, refusé d'accueillir des intervenants favorables à l'accompagnement médical des mineurs trans. La neutralité semble n'avoir joué que dans un sens. »
La coorganisatrice du colloque s'agace des accusations portées contre les chercheurs : « Depuis des années, ceux qui tentent de s'en tenir à une approche scientifique ont été diabolisés, qualifiés de réactionnaires, voire d'extrême droite... Je dirige le Réseau de recherche sur le racisme et l'antisémitisme, et suis fille d'une enfant cachée de la Shoah ! D'extrême droite ? C'est invraisemblable. Cette censure doit cesser. »
Malgré ces annulations successives, le colloque aura quand même lieu le 22 juin, dans un lieu en cours de réservation – que les organisateurs décrivent comme « plus ouvert à la controverse scientifique que le Collège de France ».



