Une journaliste de France Télévisions face au rappeur Booba pour cyberharcèlement
Devant le tribunal correctionnel de Paris, Linh-Lan Dao, journaliste à France Télévisions, a témoigné mercredi contre le rappeur Booba, de son vrai nom Elie Yaffa. Elle l'accuse de l'avoir exposée à une vague de haine en ligne en 2024, la qualifiant d'être « jetée en pâture » à la « meute » numérique de ses plus de six millions d'abonnés sur le réseau X. Cet épisode a déclenché contre elle un torrent de messages racistes et sexistes, affectant profondément sa vie professionnelle et personnelle.
Les réquisitions du parquet et les accusations
La procureure Quitterie Cesari a requis des sanctions sévères contre l'artiste âgé de 49 ans. Elle demande huit mois de prison avec sursis, une amende de 30 000 euros, ainsi qu'un stage de lutte contre la haine en ligne. Ces poursuites concernent des faits de harcèlement en ligne et d'injures à caractère racial. Ce procès survient peu après une autre affaire où le parquet a réclamé des poursuites contre Booba pour harcèlement moral en ligne visant l'ex-reine des influenceurs, Magali Berdah.
Le témoignage poignant de Linh-Lan Dao
Linh-Lan Dao, 38 ans, a raconté avec émotion le déferlement de haine qu'elle a subi après des publications de Booba en janvier 2024. Elle avait rédigé un article de fact-checking scientifique critiquant la « dérive complotiste » du rappeur, qui évoquait un lien entre les vaccins contre le Covid-19 et la maladie de Creutzfeldt-Jakob. En réponse, Booba a partagé des messages qui ont conduit à « plusieurs semaines » de cyberharcèlement intense.
La journaliste a cité des exemples concrets :
- Un tweet l'identifiant avec une photo dévalorisante.
- Une allusion raciste à la cuisine au wok, ciblant ses origines.
- Des centaines de messages sexistes, racistes, transphobes et dénigrants.
« J'estime avoir été jetée en pâture par M. Yaffa à ses six millions d'abonnés, tout ça parce que j'ai fait mon travail », a-t-elle déclaré, soulignant l'impact sur sa carrière et son bien-être.
La défense de Booba et son absence au procès
Booba, qui réside aux États-Unis, n'était pas présent à l'audience. Son avocate, Me Marie Roumiantseva, a invoqué des raisons de santé pour justifier cette absence, précisant qu'il était « souffrant ». Une première audience avait déjà été reportée en décembre pour les mêmes motifs. L'avocate a plaidé la relaxe, arguant que Booba n'était pas responsable des actions de ses abonnés et que ses messages relevaient de l'humour.
Lors de sa garde à vue, le rappeur avait expliqué ne pas se sentir « responsable d'une meute » qui se livrerait à du cyberharcèlement après ses tweets. Cependant, Linh-Lan Dao conteste cette vision : « Quand on a six millions d'abonnés qui vous suivent, on a une certaine responsabilité. » Son avocate, Me Ilana Soskin, a insisté sur « la malveillance de Booba » et la nécessité d'une condamnation pour protéger les journalistes contre la haine en ligne.
L'affaire étendue à d'autres personnalités
Le tribunal a également examiné des messages de Booba visant l'essayiste Tristan Mendès France, qui avait soutenu Linh-Lan Dao. Spécialiste de la « complosphère », ce dernier ne s'est pas porté partie civile, mais le parquet a décidé de poursuivre le rappeur pour ces faits, demandant une amende de 20 000 euros. Booba avait notamment publié : « Il est nez avant la honte », accompagné d'une photo de l'essayiste accolée à celle du tueur en série Francis Heaulme. Me Roumiantseva a réfuté tout caractère antisémite dans ces messages.
Le tribunal rendra sa décision le 2 juin, marquant une étape cruciale dans la lutte contre le cyberharcèlement et la protection des journalistes en France.



