Procès Bolloré pour corruption en Afrique : les avocats dénoncent un procès inéquitable
Bolloré : procès pour corruption en Afrique, avocats crient à l'injustice

Vincent Bolloré face à la justice pour l'affaire des ports africains

La justice française a franchi une étape décisive dans le dossier sensible des ports africains. Des juges d'instruction ont formellement ordonné l'ouverture d'un procès devant le tribunal correctionnel de Paris à l'encontre de Vincent Bolloré, l'influent homme d'affaires français. Il devra répondre des chefs d'accusation de corruption d'agent public étranger et de complicité d'abus de confiance. L'audience, particulièrement attendue, est programmée sur une période de dix jours, du 7 au 17 décembre 2026.

Une affaire qui plonge ses racines dans la campagne togolaise de 2010

Cette procédure judiciaire, communément appelée l'affaire des « ports africains », trouve son origine dans des événements remontant à plus de quinze ans. Elle est directement liée à la campagne électorale de 2010 du président togolais Faure Gnassingbé. Les investigations, lancées dès 2013, se sont concentrées sur les activités du groupe Bolloré. Les magistrats soupçonnent le conglomérat d'avoir instrumentalisé les services de conseil politique de sa filiale de communication, alors nommée Euro RSCG et devenue depuis Havas.

L'objectif présumé de cette manœuvre était d'obtenir de manière frauduleuse la gestion lucrative des ports stratégiques de Lomé au Togo et de Conakry en Guinée. Ces contrats auraient été attribués au bénéfice de Bolloré Africa Logistics, une filiale phare du groupe à cette époque. L'enquête cherche à établir les liens entre les paiements effectués et l'obtention de ces concessions portuaires.

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La défense de Vincent Bolloré monte au créneau

Ce jeudi, les avocats de Vincent Bolloré, Mes Céline Astolfe et Olivier Baratelli, ont réagi avec vigueur à l'annonce de cette mise en accusation. Ils ont immédiatement fait part de leur intention de faire appel de l'ordonnance rendue mercredi par les juges d'instruction, invoquant des « motifs procéduraux ». Leur argument principal est sans appel : ils estiment « impossible la tenue d'un procès équitable » pour leur client.

« Nous réaffirmons avec force que les opérations survenues il y a plus de 15 ans entre les groupes Bolloré et Havas, dont M. Bolloré n'avait pas connaissance, portant sur trois cent mille euros payés par chèques et passés régulièrement en comptabilité, s'inscrivaient dans le cadre normal des relations commerciales entre ces deux groupes », ont-ils déclaré dans un communiqué. Cette somme de 300 000 euros est au cœur des suspicions des enquêteurs.

L'échec de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité

Pour tenter d'éviter l'épreuve d'un long procès pénal, Vincent Bolloré – classé onzième fortune de France – ainsi que deux autres cadres, Gilles Alix, l'ancien directeur général du groupe Bolloré, et Jean-Philippe Dorent, ex-directeur international chez Havas, avaient opté pour une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC).

Lors d'une audience publique en février 2021, les trois hommes avaient reconnu les faits qui leur étaient reprochés et accepté une peine d'amende collective de 375 000 euros. Cependant, la magistrate chargée du dossier, la juge Isabelle Prévost-Desprez, a refusé d'homologuer cet accord. Elle a préféré renvoyer l'affaire en instruction, estimant sans doute que cette solution n'était pas suffisante. En revanche, elle a validé une convention judiciaire d'intérêt public pour le groupe Bolloré en tant qu'entité morale. Cette convention a conduit le groupe à payer une amende de 12 millions d'euros en échange de l'abandon des poursuites à son encontre.

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Une présomption d'innocence « irrémédiablement » atteinte selon la défense

Pour l'équipe de défense de Vincent Bolloré, cette CRPC non homologuée constitue un tournant préjudiciable. Ses avocats soutiennent qu'elle a porté une « atteinte irrémédiable » à la « présomption d'innocence » de leur client. C'est sur cette base qu'ils fondent leur conviction qu'un procès équitable est désormais impossible. « C'est à cet effet qu'a été formé un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme qui a accepté de s'en saisir », ont-ils rappelé, indiquant qu'ils avaient déjà saisi la juridiction européenne pour défendre ce principe.

Cette affaire met ainsi en lumière les tensions entre les stratégies de défense, les procédures judiciaires alternatives et le droit à un procès équitable. Elle promet de rester un dossier brûlant sur le plan judiciaire, économique et politique jusqu'à son épilogue devant le tribunal correctionnel de Paris fin 2026, sauf si les recours en cours modifient la donne.