Reprise des audiences au tribunal de Bayonne après la grève des avocats
Ce mardi 14 avril, l'activité correctionnelle a repris au tribunal de Bayonne suite au mouvement de grève des avocats observé la semaine précédente. Les audiences du jour ont cependant été ralenties par une « grève du zèle » de la profession, caractérisée par des plaidoiries particulièrement nourries et détaillées.
Affaire de cambriolage à Biarritz : un SDF jugé pour vol avec effraction
Le tribunal a examiné en premier lieu une affaire de cambriolage survenue le 16 octobre 2025 à Biarritz. Le propriétaire bordelais d'une résidence secondaire a découvert les méfaits d'un cambriolage en ouvrant sa porte, avec un préjudice estimé à 18 000 euros. Parmi les objets volés figuraient :
- Deux montres Hermès
- Trois appareils photos de prestige
- Un makila (bâton traditionnel basque)
- De l'argenterie
- Des vêtements
La police dépêchée sur place a effectué des relevés d'empreintes qui ont permis d'interpeller dans la foulée un homme de 37 ans, sans domicile fixe. Jugé par le tribunal correctionnel ce mardi 14 avril, le prévenu a nié en bloc les faits de vol.
Il a reconnu être entré dans la villa et avoir forcé une fenêtre au tournevis, mais a affirmé l'avoir fait pour dormir, déclarant : « Très bourré, je suis entré parce que j'avais froid ». Les effets disparus seraient selon lui « le fait d'un autre ».
Les contradictions de la défense
Plusieurs éléments ont cependant contredit la version du prévenu :
- La météo du jour indiquait 24 degrés, rendant peu crédible l'argument du froid
- Les investigations sur son téléphone ont démontré sa présence sur les lieux entre 6h16 et 9h10, évacuant la thèse d'un repos prolongé
- Le casier judiciaire du prévenu révèle deux condamnations pour faits similaires en mars et septembre 2019
Pour le Ministère public, l'argument d'un sommeil au chaud ne tenait pas. La présidente du tribunal, Mélanie Mistral, a ironisé : « Les lits n'étaient même pas défaits ». Elle a souligné les ressources minimales du SDF qui auraient pu motiver le larcin, requérant cinq mois de prison avec sursis et trois ans d'interdiction du territoire français.
La défense et le jugement
L'avocat du prévenu s'est inscrit en faux contre cette thèse, évoquant le profil d'un père souhaitant s'intégrer. D'origine algérienne, l'homme a effectué des démarches à la préfecture pour régulariser sa situation. Une procédure est également en cours pour encadrer la garde de son enfant de quatre ans et demi, et il est en recherche d'emploi.
Le tribunal a finalement suivi la demande de la défense en requalifiant les faits en violation de domicile. Le SDF de 37 ans a été condamné à :
- Trois mois de prison avec sursis
- Reconnaissance de responsabilité pour les dégradations des huisseries
- Remboursement de 2 140 euros au propriétaire de la villa
Deuxième affaire : violences conjugales et relaxe prononcée
Le tribunal a également jugé une affaire de violences habituelles au sein d'un couple, suivies d'une Incapacité Totale de Travail (ITT) supérieure à 8 jours. Les faits se nouent autour d'une jeune femme à l'enfance chaotique, placée en famille d'accueil, ayant souffert de négligences avec des parents alcooliques et ayant affronté le décès de sa mère par homicide.
Elle a rencontré son compagnon au sein des Forces spéciales en 2020-2021, est tombée enceinte un an plus tard, mais la relation s'est dégradée en 2023. La jeune mère s'est plainte de violences verbales et de gestes inappropriés, conduisant à trois dépôts de plaintes étayés par des certificats médicaux.
Les arguments de la défense
À la barre, l'homme a avancé l'existence d'un « plan machiavélique qu'elle avait en tête depuis des années », notamment pour « récupérer la garde de notre enfant ». Interrogé sur son caractère jaloux par la présidente Mélanie Mistral, il a répondu : « Je m'intéresse à elle, c'était ma femme idéale, je l'aimais ».
Les témoignages à décharge ont décrit une personnalité stable, tout comme l'expertise psychologique. Son avocate a décrit « une victime traumatisée par quelque chose qui la dépasse », ajoutant : « Pour elle, tout est une menace », et a demandé la relaxe pure et simple de son client.
Le verdict
Le tribunal a estimé que « les faits [n'étaient] pas caractérisés » concernant les violences habituelles et a suivi l'avocat de la défense en prononçant la relaxe de l'accusé.
Ces deux affaires illustrent la reprise progressive de l'activité judiciaire à Bayonne, marquée par des plaidoiries approfondies dans le contexte de la grève du zèle des avocats, et mettent en lumière la complexité des dossiers traités par la justice correctionnelle.



