Affaire Christophe Ruggia : la justice se prononce en appel ce vendredi à Paris
La cour d'appel de Paris rend son arrêt ce vendredi dans l'affaire visant le réalisateur Christophe Ruggia, jugé pour des agressions sexuelles présumées sur l'actrice Adèle Haenel alors qu'elle était mineure. Les faits reprochés se seraient déroulés entre 2001 et 2004, période durant laquelle l'adolescente, âgée de 12 à 14 ans, rendait régulièrement visite au cinéaste à son domicile parisien après le tournage du film Les Diables. Ce long-métrage avait offert à Adèle Haenel son premier rôle au cinéma, marquant le début de sa carrière.
Un procès en appel après une première condamnation
Révélée en 2019 par Mediapart, cette affaire avait conduit à la condamnation de Christophe Ruggia en février 2025 à quatre ans de prison, dont deux fermes sous bracelet électronique. Le cinéaste, qui conteste fermement les accusations, a immédiatement fait appel de cette décision. Lors des audiences en appel, le parquet a requis trois ans de prison ferme à son encontre, soulignant la gravité des faits allégués.
Un face-à-face judiciaire entre déni et témoignages poignants
À la barre, Christophe Ruggia a catégoriquement nié les accusations, se déclarant « ni un agresseur sexuel, ni un violeur, ni un pédophile ». Il a insisté sur le fait que « si j'avais fait ce qu'elle m'accuse d'avoir fait, avoir mis la main dans son pantalon ne serait-ce qu'une fois, je n'aurais jamais pu me regarder dans la glace et j'aurais cessé immédiatement de la voir. Ça n'est jamais arrivé ». Pour justifier les visites hebdomadaires d'Adèle Haenel, le réalisateur s'est présenté comme un mentor culturel, mettant en avant sa collection de « plus de 5.000 DVD » et son rôle de guide pour une jeune comédienne débutante.
Le témoignage déchirant d'Adèle Haenel
De son côté, Adèle Haenel a décrit de manière constante des caresses répétées et non consenties lors de ces rencontres. L'actrice, doublement récompensée aux César, a témoigné avec émotion à la barre, évoquant un traumatisme profond : « Ça me fout la honte, en fait. […] J'aimerais juste pouvoir dire que ça n'existe pas ». Elle a ajouté : « J'ai envie d'arrêter cette dépression […]. C'est une image de soi complètement détruite depuis l'âge de 12 ans ». Après le succès international de Portrait de la jeune fille en feu en 2019, Adèle Haenel s'est progressivement éloignée du cinéma pour se consacrer au théâtre et à son engagement militant, marquant une distance avec l'industrie qui l'a révélée.
L'arrêt de la cour d'appel de Paris ce vendredi clôturera une procédure judiciaire longue de plusieurs années, dont l'issue est attendue avec une attention particulière par le milieu cinématographique et les associations de défense des victimes. Cette affaire symbolise les luttes contre les violences sexuelles dans le monde du spectacle, rappelant l'importance de la parole des victimes et des procédures judiciaires rigoureuses.



