Le commissaire de police Rabah Souchi, qui avait ordonné la charge ayant gravement blessé une septuagénaire lors d'une manifestation de gilets jaunes à Nice en 2019, a été condamné lundi en appel à six mois de prison avec sursis, confirmant la peine prononcée en première instance le 8 mars 2024. La cour d'appel du Rhône à Lyon a également maintenu la dispense d'inscription de cette condamnation au casier judiciaire, permettant à M. Souchi, aujourd'hui directeur adjoint de la police municipale de Nice, de conserver probablement son emploi.
Des séquelles durables pour Geneviève Legay
Geneviève Legay, aujourd'hui âgée de 80 ans, reste « combative » malgré les séquelles de ses blessures. Le 23 mars 2019, alors âgée de 73 ans et porte-parole départementale de l'association altermondialiste Attac, elle participait à une manifestation non autorisée de gilets jaunes dans le centre de Nice. « J'étais venue là manifester pacifiquement », avait-elle assuré à la barre, se remémorant « un coup sur la tête » puis la chute. Précipitée au sol par les policiers, elle était restée inanimée, victime de multiples fractures, notamment au crâne. Elle a passé deux mois à l'hôpital et souffre aujourd'hui d'une perte de l'odorat, d'une partie du goût et de 35 % d'audition à l'oreille droite.
Un ordre jugé « illégal » et « inadapté »
L'ordre du commissaire de charger la foule, dont un groupe de personnes âgées et de journalistes, n'était « pas nécessaire », « inadapté » et « illégal », avait notamment fait valoir l'avocate générale à l'audience de la cour d'appel du Rhône à Lyon en février, requérant six mois de prison avec sursis. M. Souchi a été condamné lundi pour « complicité de violences par personne dépositaire de l'autorité publique ». En appel, il avait exprimé sa « compassion » pour Mme Legay mais martelé qu'il ne voulait pas assumer « la responsabilité du geste » de ceux qui l'avaient violemment précipitée au sol. Sa défense avait plaidé qu'il « n'avait fait que transmettre l'ordre qui lui avait été donné » et qui était « légal pour libérer les lieux », le présentant comme un « bouc émissaire » dans une affaire qui avait créé de sérieux remous dans l'opinion publique.
Des images qui ont marqué l'opinion
Les images de cette femme aux cheveux gris entourée de policiers, d'abord debout avec un drapeau arc-en-ciel puis inanimée au sol après la charge, avaient fait le tour des réseaux sociaux et des journaux télévisés. Elles avaient également suscité des efforts des autorités pour tenter de disculper la police, ainsi que les propos du président Emmanuel Macron lui conseillant à l'avenir « un comportement responsable » et « une forme de sagesse ». Geneviève Legay avait également accusé M. Souchi d'avoir interdit aux médecins volontaires des gilets jaunes de l'approcher pendant 10 minutes après sa chute.
Une carrière préservée malgré la condamnation
M. Souchi, qui avait fait appel du premier jugement, avait postulé à la direction de la police aux frontières (PAF) à Marseille, selon des informations révélées par la presse. La dispense d'inscription de sa condamnation au casier judiciaire, confirmée en appel, lui permet de conserver son poste de directeur adjoint de la police municipale de Nice. Cette décision judiciaire clôt une procédure de plusieurs années dans une affaire emblématique des violences policières lors du mouvement des gilets jaunes.



