Condamnation dans l'affaire Jérémie Cohen : dix ans de prison pour violences ayant entraîné la mort
Affaire Jérémie Cohen : dix ans de prison pour violences mortelles

Verdict après quatre ans d'attente dans une affaire hautement médiatisée

Quatre années se sont écoulées depuis le drame qui a coûté la vie à Jérémie Cohen, un homme de 31 ans handicapé en raison de troubles psychiques. Ce vendredi, la cour criminelle de Seine-Saint-Denis, siégeant à Bobigny, a rendu son verdict dans une affaire marquée par une intense médiatisation et des récupérations politiques. Miguel Dorothée, un ancien manutentionnaire intérimaire de 31 ans, a été condamné à dix ans de réclusion criminelle pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises en réunion.

Les faits : deux scènes de violences avant la fuite fatale

Les événements se sont déroulés le soir du 16 février 2022 à Bobigny. Selon l'accusation, Jérémie Cohen a subi des coups de poing et de pied lors de deux scènes de violences successives. Mutique, il n'a pas réagi avant de prendre la fuite, pour finalement être percuté mortellement par un tramway seulement treize secondes après le dernier coup. Le président de la cour, Christophe Petiteau, a expliqué au prévenu, qui comparaissait détenu : « La cour a considéré que les violences que vous avez commises sur la personne de Jérémie Cohen, des violences répétées, avaient été la cause directe de sa fuite et donc du décès. »

L'avocat général Théo Lemettre avait requis onze années de réclusion, soulignant « la particulière gravité des faits », tout en notant que le casier judiciaire de Miguel Dorothée ne comportait qu'une condamnation pour un délit routier. Durant le procès, l'accusé a déclaré : « Je reconnais les violences mais elles n'ont pas causé la mort. » L'accusation a rétorqué : « Si les violences n'avaient pas eu lieu, Jérémie Cohen serait toujours vivant. »

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Un second accusé condamné à une peine avec sursis

Kenny A., un poseur de voies ferrées de 27 ans, a été condamné à trente mois d'emprisonnement dont quinze avec sursis pour le délit de violences en réunion. Jugé pour avoir porté quelques coups, y compris au visage, mais uniquement sur la première scène de violences, il est reparti libre. Sa peine de onze mois de prison ferme étant aménageable, après avoir passé quatre mois en détention provisoire. Les défenseurs des deux hommes ont souligné qu'ils avaient reconnu les faits reprochés et exprimé des regrets, précisant qu'ils n'avaient pas auparavant été condamnés pour violences.

Les zones d'ombre et la médiatisation de l'affaire

L'avocat général a écarté les théories avancées pendant la médiatisation de l'affaire, déclarant : « Ce n'est pas un meurtre, pas un assassinat, pas une agression liée à la religion ni un crime lié au narcotrafic. » Il a conclu à « un lynchage doublé d'un effet de groupe, qui a abouti à une mort qui n'était pas recherchée. » La famille de Jérémie Cohen, refusant la piste initiale de l'accident de circulation, avait lancé un appel à témoins et récupéré auprès d'un touriste étranger une vidéo cruciale montrant la deuxième scène de violences et la collision mortelle.

En défense, l'avocat de Miguel Dorothée, Me Kamel Derouiche, a argué que la vidéo ne montrait pas clairement les coups portés : « Ce qui est insoutenable (quand on la regarde), c'est l'accident de la circulation, pas la scène de violence, parce que ce n'est pas un dossier de coups mortels. » Il a également relevé que Jérémie Cohen n'était pas poursuivi quand il a commencé à courir, plaidant pour l'acquittement.

La thèse de la défense : une « démonstration de virilité mal placée »

La défense a exposé sa version des faits, décrivant une « réaction disproportionnée » des accusés. Ils auraient d'abord voulu « mettre une correction » à l'homme qu'ils disaient avoir vu se masturber dans la rue. Les nouvelles violences commises ensuite par Miguel Dorothée auraient été une « démonstration de virilité mal placée » après que sa petite amie lui aurait rapporté avoir été touchée aux fesses. L'avocat général a cependant estimé que ces déclarations « ne sont corroborées par rien et sont contradictoires entre elles. » Les avocats de la partie civile ont fustigé des « violences gratuites ».

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La défense a également déploré que la famille Cohen ait sollicité le candidat d'extrême droite Éric Zemmour, juste avant la présidentielle d'avril 2022, pour médiatiser l'affaire. Elle a appelé la cour à « faire abstraction du tumulte médiatique et des récupérations politiques. » Après quatre ans d'enquête et de procédure, la justice a donc rendu son verdict, mettant un terme à un dossier complexe qui a profondément marqué l'opinion publique.