Un livre relance l'affaire Alessandri et clame l'innocence d'Edwige
Le journaliste Geoffrey Le Guilcher publie "Les Deux mégots", un ouvrage qui relance de manière spectaculaire l'affaire Alessandri. Dans ce livre, l'auteur présente une contre-enquête approfondie qui, selon lui, prouve l'innocence d'Edwige Alessandri, cette mère de famille de Pernes-les-Fontaines condamnée à trois reprises pour le meurtre de son mari Richard en 2000.
Une affaire criminelle aux multiples rebondissements
Dans la nuit de l'été 2000, Richard Alessandri a été retrouvé mort dans son lit, tué par une balle de chevrotine tirée à bout portant. Son épouse Edwige, qui dormait à ses côtés, a toujours affirmé qu'il s'agissait d'un home-jacking ayant mal tourné, avec des cambrioleurs qui auraient tiré accidentellement avant de prendre la fuite en prononçant "merde le coup est parti, tirez-vous !".
Pourtant, la justice française l'a reconnue coupable de meurtre sans préméditation à trois reprises : d'abord aux assises du Vaucluse, puis en appel à Nîmes en décembre 2006 où elle a été condamnée à 12 ans de réclusion, et enfin aux assises du Rhône en 2009 où sa peine a été réduite à 10 ans.
Les arguments de Geoffrey Le Guilcher
Le journaliste avance plusieurs éléments pour étayer sa thèse d'une erreur judiciaire :
- L'appel au Samu mal interprété : Lors de son appel aux secours, Edwige Alessandri aurait immédiatement signalé la présence de cambrioleurs, mais en raison d'une mauvaise communication, l'assistant de régulation médicale aurait retranscrit "une femme a tué sur son mari", orientant d'emblée l'enquête vers sa culpabilité.
- Une enquête biaisée : Selon Le Guilcher, toutes les investigations ultérieures ont été menées "exclusivement à charge", tandis que les éléments susceptibles d'innocenter l'épouse étaient écartés.
- Des preuves négligées : L'auteur mentionne notamment un aplatissement du grillage de clôture non pris en compte par les enquêteurs, ainsi qu'une enquête de voisinage qu'il qualifie de bâclée.
Les révélations des "Deux mégots"
Le titre du livre fait référence à des mégots de cigarette retrouvés derrière une haie de laurier dans le jardin du couple, sur lesquels de l'ADN a été prélevé. Cet ADN a permis d'identifier des personnes postérieurement au troisième procès d'Edwige, des individus connus pour des faits de séquestration et de cambriolage.
"Des personnes identifiées grâce à des témoignages et à un ADN retrouvé sur les mégots de cigarette laissés derrière une haie de laurier dans le jardin du couple", explique Le Guilcher, ajoutant que ces personnes ont été "brièvement auditionnées puis laissées libres" sous la direction de la section de recherches de Nîmes.
Un contexte judiciaire controversé
Le journaliste dénonce ce qu'il qualifie de "sabotage judiciaire". En 2013, alors que la cour d'appel de Nîmes était à nouveau saisie de l'affaire, les investigations ont été réattribuées à la brigade de gendarmerie initialement chargée de l'enquête. "Un sabotage judiciaire qui serait impossible aujourd'hui en vertu des nouveaux textes en vigueur", affirme-t-il.
Ces nouvelles investigations, pourtant cruciales selon l'auteur, ont abouti à un non-lieu, ce qu'il interprète comme une volonté de "garder la face" et de ne pas "désavouer tout le travail judiciaire accompli jusqu'alors".
Une expérience personnelle qui résonne
Geoffrey Le Guilcher explique que son intérêt pour cette affaire est né en partie d'une expérience personnelle. En 2011, lui et ses parents ont été victimes d'un home-jacking. "J'ai déjà eu personnellement l'occasion de me dire, tandis qu'un malfaiteur laissait tomber au sol une munition de son pistolet semi-automatique dans notre couloir, qu'il était possible d'y passer par accident", raconte-t-il, estimant que la version d'Edwige Alessandri a "nécessairement résonné en moi au vu de ce que j'ai personnellement vécu".
Vers un nouveau procès ?
Début mars 2026, Edwige Alessandri, qui approche des 70 ans, saisira une nouvelle fois la cour de révision et de réexamen des condamnations pénales. En France, la révision d'une condamnation pénale définitive est possible lorsqu'un élément nouveau, inconnu au moment du procès, est révélé et susceptible d'innocenter le condamné ou de faire naître un doute sur sa culpabilité.
Geoffrey Le Guilcher est convaincu que "si dans cette affaire l'ADN a donc bien fini par parler démontrant effectivement la présence de tiers cambrioleurs sur les lieux du crime, des témoins clés cités dans mon ouvrage viennent eux aussi corroborer de façon implacable l'innocence d'Edwige Alessandri". Il espère qu'elle pourra ainsi "comparaitre, une quatrième fois donc, devant une cour d'assises où cette fois-ci, selon ma conviction, elle pourra être acquittée".
L'ouvrage "Les Deux Mégots, la vérité sur l'affaire Alessandri" est publié aux éditions Goutte d'Or au prix de 22,90 euros.



