À 104 ans, Léonard, ancien travailleur forcé du Service du travail obligatoire (STO) sous l'occupation nazie, a décidé de saisir la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour obtenir réparation. Il estime que la France a une dette envers lui pour les heures de travail non rémunérées qu'il a effectuées pendant la Seconde Guerre mondiale.
Un combat pour la reconnaissance
Léonard, qui souhaite rester anonyme, a été contraint de travailler dans une usine allemande de 1943 à 1945. Comme des milliers de jeunes Français, il a été envoyé de force en Allemagne pour soutenir l'effort de guerre nazi. Aujourd'hui, il réclame le paiement de ses heures de travail, estimant que l'État français n'a pas honoré ses engagements.
« J'estime que la France a une dette envers moi », déclare-t-il dans un entretien. « Ces années de travail forcé m'ont volé ma jeunesse et ont laissé des séquelles profondes. Il est temps que la justice reconnaisse notre souffrance. »
Une procédure historique
La saisine de la CEDH par un ancien travailleur du STO est une première. Jusqu'à présent, les demandes de réparation se sont heurtées à des obstacles juridiques, notamment la prescription. Mais Léonard et son avocat espèrent que la Cour européenne pourra faire évoluer la jurisprudence.
« La France a signé des accords après la guerre qui prévoyaient une compensation pour les travailleurs forcés, mais ces promesses n'ont jamais été tenues », explique Me Dupont, son avocat. « Nous demandons à la CEDH de reconnaître que l'inaction de l'État français constitue une violation des droits de l'homme. »
Un symbole pour les derniers témoins
Léonard est l'un des derniers survivants du STO. Selon les estimations, il ne resterait que quelques centaines d'anciens travailleurs forcés en France. Leur combat pour la reconnaissance est aussi un devoir de mémoire.
« Mon père n'a jamais parlé de cette période, c'était trop douloureux », confie sa fille, qui l'accompagne dans ses démarches. « Aujourd'hui, il veut que l'histoire retienne ce qui s'est passé et que justice soit faite. »
La CEDH devrait examiner la requête dans les prochains mois. Si elle est recevable, elle pourrait ouvrir la voie à d'autres demandes similaires et contraindre la France à revoir sa position sur les réparations.



