Face à une politique d'inclusion scolaire au « modèle budgétairement insoutenable » et « qui n'atteint pas ses objectifs », un rapport sénatorial recommande jeudi de stabiliser le nombre d'AESH, ces personnels accompagnant les élèves handicapés, et de renforcer la coopération avec le secteur médico-social.
Un constat alarmant
Depuis la mise en place de l'école inclusive en 2006, « des moyens très importants ont été mis sur la table avec un nombre d'AESH qui ne cesse d'augmenter », a souligné le sénateur Olivier Paccaud (LR), rapporteur du budget de l'Éducation nationale, lors d'une conférence de presse. « Or […] les résultats en termes de réussite scolaire et de climat scolaire ne sont pas forcément au rendez-vous », a regretté l'élu de l'Oise, à l'origine du rapport intitulé : « De la compensation du handicap à l'accessibilité des apprentissages : vers une école plus inclusive. »
Depuis 2006, les effectifs des élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire ont plus que triplé, passant d'environ 155 000 à plus de 500 000. Quatre enfants en situation de handicap sur dix ont redoublé au moins une fois dans le premier degré, et près de la moitié dans le second degré. En 2022, moins d'un quart d'entre eux accédaient à l'enseignement supérieur.
Un budget en forte hausse
Le budget consacré à l'école inclusive atteint 4,7 milliards d'euros en 2026, en hausse de près de 23 % depuis 2023, dont 3,2 milliards dédiés aux accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH). Ces personnels étaient environ 140 000 en juin 2025, avec près de 100 000 recrutés depuis 2017, faisant des AESH le deuxième métier de l'Éducation nationale.
Une dynamique « pas soutenable à terme », estime Olivier Paccaud, qui préfère miser sur le renfort des coopérations entre le secteur médico-social et le scolaire. Il défend la généralisation des pôles d'appui à la scolarité (PAS), le développement des unités externalisées d'enseignement (UEE), ainsi qu'un renforcement de la présence de professionnels médico-sociaux dans les établissements. Il propose aussi une codécision entre Éducation nationale et services de santé pour l'orientation des élèves.
Favoriser les partenariats avec les collectivités territoriales
Le rapport pointe par ailleurs les limites du modèle des AESH, marqué par une forte précarité. Majoritairement employés à temps partiel, ils travaillent en moyenne 25,5 heures par semaine et perçoivent environ 1 030 euros nets mensuels. Une situation qui nuit à l'attractivité du métier et complique la fidélisation des personnels.
S'il écarte la création d'un statut de fonctionnaire – une demande insistante de ces personnels – le rapport insiste sur la nécessité de développer les temps complets, en favorisant les partenariats avec les collectivités territoriales.
Dans un rapport distinct, présenté mercredi aux syndicats, les inspections de l'éducation (IGESR) et des affaires sociales (IGAS) écartent aussi la fonctionnarisation des AESH, qui « paraît inappropriée » « dans un contexte où la transition majeure à opérer consiste à réinvestir massivement dans l'accessibilité et l'accompagnement pédagogique ». Le rapport, révélé par le site spécialisé Yanous, préconise néanmoins une revalorisation de leur rémunération. Les auteurs estiment que le modèle actuel a engendré un « dispositif sous tension, caractérisé par la précarité d'un métier majoritairement féminin et une réponse partiellement inadaptée aux besoins complexes des élèves ».



