Un rapport accablant de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) épingle les aéroports parisiens pour leur prise en charge défaillante des personnes à mobilité réduite (PMR). Selon ce document consulté par Le Monde, les dysfonctionnements sont systémiques et touchent les trois plateformes principales : Roissy-Charles-de-Gaulle, Orly et Le Bourget.
Des retards et des conditions indignes
Le rapport révèle que 45 % des PMR ont subi un retard de plus de 20 minutes pour être prise en charge à l'arrivée, contre 15 % en 2022. Les témoignages recueillis font état d'attentes interminables, parfois jusqu'à deux heures, dans des zones non chauffées ou climatisées. Une association d'usagers rapporte le cas d'une femme en fauteuil roulant abandonnée sur le tarmac pendant 45 minutes sous la pluie.
Le personnel dédié à l'assistance est en sous-effectif chronique. Sur les 850 postes nécessaires, seuls 620 sont pourvus, soit un déficit de 27 %. Les salariés, souvent précaires, dénoncent des conditions de travail dégradées. Un agent témoigne : "On nous demande de faire le travail de trois personnes, sans formation adaptée. On est traités comme des bagages, et les passagers aussi."
Des manquements graves à la sécurité
Le rapport pointe également des manquements graves à la sécurité. En 2025, trois incidents ont failli tourner au drame : un fauteuil roulant électrique a pris feu lors du chargement, un passager a été oublié dans un ascenseur pendant une heure, et un autre a chuté d'un tapis roulant en raison d'une fixation défaillante. La DGAC exige des mesures correctives immédiates sous peine de sanctions financières.
Les aéroports parisiens sont pourtant tenus par la loi de 2005 sur l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées. Mais l'application reste aléatoire. Selon la DGAC, seuls 60 % des équipements (ascenseurs, rampes, balises sonores) sont conformes aux normes. Les autres sont obsolètes ou en panne.
Des conséquences économiques et sociales
Ces défaillances ont un impact direct sur la réputation des aéroports parisiens. Le trafic de passagers PMR a chuté de 12 % en deux ans, certains voyageurs préférant désormais passer par des hubs européens mieux adaptés comme Amsterdam ou Munich. Une perte estimée à 50 millions d'euros par an pour l'économie locale.
Les associations de défense des droits des handicapés réclament un plan d'urgence. Marie-Christine, présidente d'APF France Handicap, déclare : "Ces situations sont inacceptables. Les aéroports doivent investir massivement dans la formation et les infrastructures. La France ne peut pas se permettre de laisser ses citoyens handicapés sur le bord de la piste."
En réponse, le groupe ADP, gestionnaire des aéroports, annonce un investissement de 100 millions d'euros sur trois ans pour moderniser les équipements et recruter 200 assistants supplémentaires. Mais les associations jugent ces mesures insuffisantes et demandent un contrôle indépendant.



