École inclusive : le combat déterminé d'une mère gardoise pour son fils handicapé
En septembre, de nombreuses familles ont découvert avec stupeur que leur enfant handicapé verrait son temps d'accompagnement scolaire réduit, malgré des besoins clairement identifiés. Cette réalité brutale frappe particulièrement Émilie Allegrini Cullati, mère d'un garçon de 8 ans nommé Robin, qu'elle décrit comme son "merveilleux petit garçon".
Une rentrée scolaire transformée en choc
Le jeudi 2 septembre 2021, Émilie conduit son fils à l'école pour sa rentrée des classes. Si elle ressent naturellement un stress parental, celui-ci se transforme rapidement en colère explosive lorsqu'elle apprend par l'enseignante de Robin que son fils ne bénéficiera cette année que de 6 heures hebdomadaires d'accompagnement par un AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap), au lieu des 18 heures jugées indispensables par la commission réunie deux mois plus tôt.
"C'était le monde à l'envers !" s'indigne Émilie. "Depuis la petite section de maternelle, nous avons mis en place avec les professionnels de santé, les écoles et l'enseignant référent de secteur un accompagnement personnalisé. Pour la cinquième année consécutive, une réunion de l'Équipe de suivi de la scolarisation s'est tenue en janvier dernier pour rédiger le Guide d'évaluation scolaire nécessaire au dossier de la Maison départementale des personnes handicapées."
Un besoin vital réduit au minimum
À l'issue de cette réunion, tous les participants s'étaient accordés sur la nécessité d'un accompagnement de 18 heures par semaine pour Robin. Si ses capacités cognitives lui permettent de suivre une scolarité en milieu ordinaire, le jeune garçon a besoin d'aide pour les gestes du quotidien et surtout pour se recentrer et suivre correctement les enseignements.
"Comment l'école inclusive peut-elle décider ainsi de ne lui accorder que 6 heures ? Et mutualisées avec d'autres enfants en plus ?" questionne avec amertume sa mère. Cette décision administrative pousse Émilie à prendre la parole publiquement et à "remuer ciel et terre", non seulement pour son fils mais pour toutes les familles confrontées à des situations similaires.
Une problématique systémique dans le Gard
Le cas de Robin n'est malheureusement pas isolé. Que ce soit dans le public ou le privé, de nombreux parents ont eu la désagréable surprise de découvrir que les heures attribuées par la MDPH avaient fondu comme neige au soleil avec la mise en œuvre de l'école inclusive.
"Comment mon fils ne peut-il avoir que 6 heures par semaine avec un accompagnant, alors qu'il est victime de tous les dys de la terre ?" s'insurge un père dont l'enfant est scolarisé dans le privé à Nîmes et qui souhaite garder l'anonymat. "Ces grands penseurs qui estiment œuvrer pour le bien de nos enfants imaginent-ils la souffrance qu'ils leur imposent. Comment apprendre quand aller à l'école fait souffrir ?"
Le témoignage accablant des accompagnants
Les AESH eux-mêmes dénoncent ces tragédies du quotidien, malgré leurs propres revendications professionnelles. "Ce qu'on impose aux enfants est dramatique. C'est de la maltraitance", lance Sandrine, AESH dans le Gard. "Avec la mutualisation, nous avons des plannings avec les établissements où nous rendre et quand, dans un secteur défini par le Pial (Pôle inclusif d'accompagnement localisé) auquel nous appartenons."
Elle ajoute : "Dans certaines classes, une partie des enfants que nous devons accompagner ne sont même pas présents parce que leurs rendez-vous médicaux extérieurs et capitaux n'ont même pas été pris en compte !"
22 élèves déficients visuels privés de soutien spécialisé
La situation devient particulièrement critique pour 22 élèves gardois déficients visuels, de la maternelle au lycée, qui se retrouvent privés subitement de leurs enseignants spécialisés. Ces deux personnes les accompagnaient dans le cadre d'un Sessad depuis de nombreuses années pour compenser au maximum leur handicap et assurer un lien avec les équipes des établissements scolaires.
Incroyablement, les manuels en braille ne leur ont toujours pas été remis à la fin du mois de septembre. Timothée, élève de 4e dans un collège nîmois, était suivi depuis six ans par un de ces enseignants. "Timothée est malvoyant et durant toutes ces années, ils ont mis en place un travail long et important. Ce qui évidemment a aidé à l'inclusion de mon fils", raconte Fanny, sa mère. "Il est grand alors il comprend la situation, mais je sais qu'il prend sur lui, c'est un énorme changement."
Des réponses institutionnelles insatisfaisantes
Malgré les appels, les lettres et les mails, ces familles n'ont reçu pour seule explication "que c'était une demande de la part de ces enseignants et qu'ils avaient demandé leur mutation". Les autorités répondent que trouver des enseignants spécialisés est une mission compliquée, laissant les parents dans l'incompréhension et la colère.
Pour ce collectif de parents se pose une nouvelle fois la question de la réalité de l'école inclusive. "À quoi servent les annonces, qui visiblement ne peuvent être suivies de faits ?" interrogent-ils avec amertume.
La mobilisation parentale comme seule issue
Face à cette situation délicate, des enseignants inquiets n'hésitent pas à lancer des appels aux parents. Myriam Vernale, directrice d'école maternelle à Alès, exhorte : "Il faut que les parents s'emparent du problème et se mobilisent !"
Une mission qu'Émilie porte avec tout l'amour qu'elle voue à Robin. "Je sais que certains parents ont peur. Alors c'est pour ça que je suis bien décidée à ne pas me taire et à me battre encore et encore pour que nos enfants soient respectés. On ne peut pas accepter, à l'heure de l'inclusion et de la prétendue bienveillance, que la différence soit aujourd'hui un handicap en plus du handicap !"
La position institutionnelle : "Vers plus d'autonomie"
Philippe Maheu, Dasen du Gard, explique la création des Pial (pôles inclusifs d'accompagnement localisés) : "Depuis 2018, le recrutement des AESH est sous la responsabilité de l'Éducation nationale. Nous les engageons pour des contrats de 3 ans, renouvelables 1 fois. Et du fait qu'il s'agit désormais du personnel de l'Éducation nationale, ces personnes bénéficient de 60 heures de formations spécifiques."
Il ajoute : "Depuis cette rentrée, les Pial (63 dans le Gard) permettent une nouvelle forme d'organisation. Ils favorisent la coordination des ressources au plus près des élèves en situation de handicap pour une meilleure prise en compte de leurs besoins."
Concernant les réductions d'heures d'accompagnement, il précise : "Notre priorité via l'école inclusive est d'accueillir tous les enfants. Il s'avère que ces enfants n'ont pas besoin d'un accompagnement AESH dans toutes les activités scolaires. C'est le rôle des 24 enseignants référents du département de déterminer qui a besoin de quoi en matière d'apprentissage. En évitant à l'élève d'être accompagné toute la journée, nous l'aidons sur le long terme à être plus autonome."
Cette position institutionnelle contraste fortement avec le vécu des familles et des professionnels sur le terrain, créant un fossé entre les intentions affichées et la réalité quotidienne de l'inclusion scolaire dans le département du Gard.



