Alès : le parcours du combattant des non-voyants en centre-ville
Georges et Caroline Bouffard, Alésiens non-voyants, effectuent régulièrement le trajet entre leur domicile de la rue Stalingrad et les Halles de l'Abbaye. Équipés de leur canne électrique connectée, ils doivent constamment redoubler de vigilance face aux nombreux obstacles qui jalonnent leur parcours.
Des repères sensoriels insuffisants
Leur itinéraire commence devant la médiathèque, où Georges manque régulièrement de se heurter à des garages à vélos mal positionnés. "Ils auraient pu les mettre plus contre le mur", déplore-t-il. Le long du boulevard Louis-Blanc, la présence de rigoles le long de la route constitue un repère apprécié, mais cette délimitation sensorielle fait cruellement défaut ailleurs.
Au croisement des rues Michelet et Frédéric-Mistral, face au bâtiment Atome, aucune indication tactile ne signale le passage de la chaussée au trottoir. Caroline Bouffard regrette l'absence de bandes podotactiles, ces "petites boules" qui guident habituellement les personnes non-voyantes. Des boules métalliques sont présentes, mais trop espacées pour être efficaces.
La réponse municipale
Contacté par nos soins, Jean-Régis Masson, conseiller municipal chargé de l'accessibilité, a rappelé les aménagements existants, notamment les feux tricolores équipés de signaux sonores. "À chaque fois qu'on change ou installe un feu rouge, on l'équipe ainsi", précise-t-il. L'élu souligne cependant que les normes d'accessibilité évoluent "tous les ans", ce qui complique les démarches d'aménagement.
Concernant les lacunes signalées par les Bouffard, Jean-Régis Masson indique ne pas en avoir été informé. Il invite les Alésiens à faire part de leurs réclamations au numéro vert d'Alès (0 800 540 540) ou par courriel à conseillers@ville-ales.fr.
Des obstacles récurrents
En remontant la rue Saint-Vincent, le couple suit la rigole centrale comme guide, mais doit constamment se déporter sur le trottoir à l'approche des véhicules. Au croisement avec la rue Beauteville, ils se retrouvent face à un problème familier : aucune signalisation tactile n'indique qu'ils traversent la route. "Heureusement qu'on connaît bien", souligne Caroline, résidente depuis 2004, tandis que Georges vit à Alès depuis 1981.
Georges Bouffard porte un regard sévère sur l'évolution de la ville : "Ça s'est dégradé. Ils ont fait les choses comme ils l'entendent, sans nous en informer." Pour rejoindre les Halles, ils doivent quitter le trottoir de la rue du 19-mars-1962 à cause d'une poubelle obstruant le passage, une incivilité trop fréquente selon eux.
La solidarité des commerçants
Une fois arrivé sur le parvis du marché couvert, Georges se montre plus serein. Ici, les repères sont avant tout humains : "Je connais tous les commerçants." Une véritable chaîne de solidarité s'organise alors. Il commande d'abord une épaule d'agneau auprès de Nadège, qui guide ensuite le couple jusqu'au marchand de légumes, lequel les conduit à leur tour chez le boulanger.
Ces échanges constituent des moments privilégiés pour discuter des nouvelles du quartier, comme les fermetures de commerce ou les activités du week-end. Caroline regrette cependant que le site de la Ville n'indique pas ces informations, concluant : "Je pense que tous les critères d'accessibilité ici ne sont pas respectés."
Le parcours de Georges et Caroline Bouffard met en lumière les défis quotidiens auxquels font face les personnes non-voyantes à Alès, entre aménagements insuffisants, obstacles imprévus et dépendance à la mémoire et à la solidarité locale pour se déplacer en sécurité.



