Une situation alarmante dans l'Hérault
L'Unapei Hérault lance un signal de détresse face à une réalité insoutenable : plus de 700 enfants en situation de handicap sont actuellement privés de scolarisation et d'accompagnement adapté dans le département. Cette association, qui gère 33 établissements et services pour 1 300 bénéficiaires, révèle que 300 enfants sont sur liste d'attente dans ses IME (instituts médico-éducatifs), un chiffre presque équivalent au nombre d'enfants déjà accueillis.
Des familles livrées à elles-mêmes
L'opération #JaiPasEcole a été relancée pour alerter sur cette crise. Des familles se retrouvent sans solution dès la maternelle, comme en témoigne le père d'Anthony, 6 ans, porteur d'autisme : "En petite section, il n'y avait aucun AESH disponible pour notre fils. Sa mère a dû arrêter d'enseigner et devenir AESH pour lui permettre d'aller à l'école." Le manque d'accompagnement, pourtant indispensable au développement et à l'inclusion, concerne des dizaines de milliers d'enfants au niveau national.
Des chiffres nationaux préoccupants
Selon une enquête du réseau national Unapei, 4 410 enfants sont inscrits sur liste d'attente dans les 38 associations participantes, dépassant largement les 3 603 enfants actuellement accompagnés. Parmi ces derniers, seulement 19% bénéficient de plus de 12 heures de scolarisation hebdomadaire. La situation est encore plus grave : 65% des enfants concernés par un handicap n'ont pas de numéro INE, restant ainsi invisibles pour l'Éducation nationale.
Témoignages de parents épuisés
Sonia Ahéhéhinnou, vice-présidente de l'Unapei nationale, déplore : "Ma fille qui a aujourd'hui 20 ans a été déscolarisée dès la moyenne section." Bernard Dessimoulie, président de l'Unapei 34, précise : "Les délais d'attente dans les IME vont de 1 à 5 ans. Les parents se retrouvent obligés d'arrêter de travailler." La charge mentale des familles est immense au quotidien.
Des parcours semés d'obstacles
Les témoignages recueillis illustrent cette détresse :
- Pierre : "Mon fils redouble sa maternelle. Quand je suis allé à l'IME avec lui, on m'a menacé d'appeler la police si je revenais."
- Julie : "Ma fille attend une place en IME depuis 4 ans. Elle n'a jamais fait d'inclusion et ne s'est pas adaptée."
- Séverine : "Le jour des 10 ans de mon fils, on a appris qu'il aurait un mi-temps en IME. C'est un soulagement car je suis une maman seule."
Un manque de volonté politique dénoncé
"Ce qui manque, c'est la volonté politique", affirme Bernard Dessimoulie. "Il y a un je-m'en-foutisme total de l'État sur cette question." Nathalie Oziol, députée LFI de Montpellier, observe : "C'est un choix politique d'opérer des coupes drastiques dans les budgets de l'accompagnement." L'État a déjà été condamné par l'Europe sur cette problématique.
L'Addena : une lueur d'espoir
L'Association de défense des droits des enfants au développement neuroatypique (Addena), créée l'an dernier à Montpellier, aide les familles de l'Hérault dans leurs démarches administratives et recours juridiques. "Nous accompagnons gratuitement les familles", précise sa représentante. Depuis un an, une dizaine de recours ont été déposés devant le tribunal administratif.
La nécessité d'une mobilisation collective
Jacques Mallet, président adjoint de l'Unapei 34, estime : "Être condamné à verser quelques dizaines de milliers d'euros ne représente rien pour l'État. Mais avec 50 familles mobilisées, ce serait différent." Sonia Ahéhéhinnou rappelle cependant que les recours collectifs sont "extrêmement longs et coûteux, y compris émotionnellement".
L'Unapei espère que la médiatisation de cette injustice profonde permettra une mobilisation générale pour la cause de ces enfants, dont le droit constitutionnel à l'éducation est bafoué quotidiennement.



