En France, un peu moins de 314 000 bébés sont nés au premier semestre 2026, soit une baisse de 1,1 % par rapport à 2025, selon les données provisoires de l'Insee publiées jeudi. Ce repli continu de la natalité rapproche le pays d'un niveau historiquement bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, alimentant les craintes sur le financement de la protection sociale.
Un déclin qui se poursuit à un rythme ralenti
Entre janvier et juin, un peu moins de 314 000 bébés ont vu le jour dans l'Hexagone, contre plus de 317 000 au premier semestre 2025. Cela représente une baisse de 1,1 % du nombre quotidien de naissances moyen entre les deux périodes. La baisse se poursuit toutefois à un rythme ralenti par rapport à ces dernières années : en 2023, le nombre de naissances annuel s'est replié de 6,6 %, en 2024 de 2,8 % et en 2025 de 2,3 %.
"On atteint des niveaux bas, peut-être qu’on arrive sur un plateau mais rien n’indique que ça pourra remonter", commente auprès de l'AFP Didier Breton, professeur de démographie à l'Université de Strasbourg. "Construire des projets devient de moins en moins évident pour les gens."
Le manque de confiance dans l'avenir en cause
Difficultés à trouver un emploi stable, à louer ou acheter un logement suffisamment grand, craintes vis-à-vis de la conjoncture économique ou du réchauffement climatique : autant de facteurs qui peuvent amener à différer ou renoncer à un projet d'enfant, selon les spécialistes. "Les canicules qui viennent d’arriver sont angoissantes, je pense qu’elles vont renforcer le manque de confiance dans l’avenir", anticipe Didier Breton. "Or pour avoir un enfant, il faut être capable de se projeter."
Si la tendance baissière se poursuit, le nombre de naissances pourrait s'approcher des 635 000 en 2026. Il serait ainsi au plus bas depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, pour la cinquième année consécutive. En 2025, 644 000 bébés ont vu le jour, soit près d'un quart de moins qu'en 2010, date du dernier pic des naissances, selon l'Insee.
Conséquences politiques et sociales
Cette chute de la natalité agite la classe politique, qui s'inquiète notamment du financement futur du système de protection sociale. Elle avait conduit le président de la République, Emmanuel Macron, à appeler au "réarmement démographique" de la France. Pour soutenir les familles, le gouvernement a mis en place un nouveau congé de naissance indemnisé, de deux mois maximum, accessible à chaque parent depuis juillet. Une mesure vue d'un bon œil par les experts, mais jugée insuffisante pour inverser la tendance.
L'économiste Maxime Sbaihi, auteur de l'essai "Les Balançoires vides", observe auprès de l'AFP : "La tendance est bien installée, on est à un point bas et on continue à creuser, cela peut descendre très bas, comme on peut le voir en Italie, au Japon ou en Corée." Il ajoute : "Plus la natalité baisse, plus il devient difficile et long pour la voir rebondir", car moins de bébés signifie que le nombre de futurs parents potentiels se réduit et que les gens s'habituent à une nouvelle norme sociale.
Comparaisons internationales et perspectives
En Corée du Sud, le taux de fécondité était de 0,8 enfant par femme en 2025, bien en deçà du seuil de 2,1 nécessaire pour maintenir la population. La France est toutefois encore loin de ce cas de figure, selon l'économiste. Le taux de fécondité s'est établi à 1,61 enfant par femme en 2024, le deuxième plus élevé de l'Union européenne, derrière la Bulgarie. L'été dernier, une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined) avait révélé que le désir d'enfant a nettement reculé en 20 ans, ce qui présage d'une poursuite de la baisse de la fécondité.
Parallèlement à la baisse des naissances, le nombre de décès augmente, en lien avec l'arrivée des générations nombreuses du baby-boom à des âges de forte mortalité. En 2025, la France a connu pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale un solde naturel de population négatif. Il devrait être à nouveau dans le rouge en 2026, de façon plus marquée.



