Yassine B., 19 ans, a été guetteur pendant deux ans pour un réseau de trafic de stupéfiants dans une cité de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, il affirme avoir tourné la page : « Le deal, c’est derrière moi », confie-t-il au journal Libération. Son témoignage illustre le parcours complexe des « petites mains » du narcotrafic, souvent mineures, qui tentent de s'extraire d'un système lucratif mais dangereux.
Un recrutement précoce dans un contexte de précarité
Yassine B. a grandi dans un quartier prioritaire de la région parisienne, où le trafic de stupéfiants est omniprésent. « À 17 ans, j'ai commencé à faire le guetteur pour un réseau. C'était pour gagner de l'argent facile, pour aider ma mère », explique-t-il. Il gagnait alors entre 50 et 100 euros par jour, une somme qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille, selon ses dires. Le recrutement s'est fait par l'intermédiaire d'un ami d'enfance, déjà impliqué dans le réseau.
Le jeune homme décrit un quotidien rythmé par les allées et venues des clients, les guetteurs postés aux angles des rues et les « nourrices » qui stockent la drogue. « On était payés en liquide, à la fin de chaque journée. Mais il fallait être vigilant tout le temps, avec les keufs et les concurrents », ajoute-t-il. Pendant deux ans, Yassine B. a ainsi participé à un trafic qui brassait plusieurs milliers d'euros par semaine, selon les estimations des enquêteurs cités par Libération.
La prise de conscience et la décision de sortir
La bascule s'est produite après une série d'événements violents dans le quartier. « Un de mes potes s'est fait descendre pour une histoire de territoire. Ça m'a fait un choc », raconte Yassine B. Il a alors pris la décision de quitter le réseau, malgré les pressions. « Les gars du réseau ne voulaient pas me laisser partir. Ils disaient que j'allais les trahir. » Il a dû négocier sa sortie, en échange d'une somme d'argent et de la promesse de ne pas collaborer avec la police.
« Le deal, c’est derrière moi », affirme-t-il aujourd'hui, même s'il reconnaît que la tentation reste forte. « Parfois, je vois des anciens collègues qui roulent en grosse voiture, et je me dis que j'aurais pu être à leur place. Mais je sais que ça finit mal, tôt ou tard. » Depuis, Yassine B. a trouvé un emploi précaire dans le bâtiment, via une association d'insertion. Il gagne désormais 1 200 euros par mois, bien moins que dans le trafic, mais il se dit « plus tranquille ».
Un parcours semé d'embûches pour la réinsertion
La réinsertion de Yassine B. n'est pas un long fleuve tranquille. Il vit encore chez sa mère, dans le même quartier, et doit faire face à la stigmatisation. « Les voisins me regardent de travers, parce qu'ils savent ce que j'ai fait. Et les flics m'arrêtent encore pour des contrôles », déplore-t-il. Il suit un accompagnement social pour l'aider à trouver un logement et une formation professionnelle.
Selon Libération, son cas est représentatif de nombreux jeunes impliqués dans le narcotrafic en France. En 2022, les services de police ont recensé plus de 1 500 mineurs mis en cause pour trafic de stupéfiants, un chiffre en hausse de 20 % par rapport à 2021. Les associations de prévention soulignent la difficulté de sortir de ces réseaux, qui offrent une rémunération immédiate et un statut social dans des quartiers marqués par le chômage.
Yassine B. espère désormais monter sa propre entreprise de rénovation. « Je veux montrer qu'on peut s'en sortir, même quand on a commis des erreurs. Le deal, c’est derrière moi, et je ne veux plus jamais y retourner », conclut-il.



