Le 'village sacré' des Esséniens menacé de démolition pour constructions illégales
Village essénien menacé de démolition pour illégalités

Le sort du 'village sacré' des Esséniens entre les mains de la justice

Ce mercredi 11 mars 2026, le tribunal correctionnel de Rodez doit rendre une décision cruciale concernant l'avenir du "village sacré" des Esséniens installé depuis plus de trente ans à Montlaur, dans le Sud-Aveyron. La communauté, régulièrement pointée du doigt pour des dérives sectaires, pourrait voir ses constructions illégales ordonnées à la démolition.

Une communauté installée depuis trois décennies

L'Ordre des Esséniens, fondé par Olivier Martin dit "Manitara", s'est installé en 1992 sur 42 hectares de garrigues au hameau de Poulan. Sur ce terrain classé en zone non constructible, la communauté a progressivement érigé un ensemble de bâtiments sans jamais solliciter de permis de construire ni déclaration préalable. Temples, habitations et bâtiments collectifs ont ainsi vu le jour au mépris des règles d'urbanisme.

Actuellement, une quarantaine d'adultes et une dizaine d'enfants vivraient sur ce domaine nommé "Terranova" par la communauté. Le parquet de l'Aveyron a requis lors de l'audience correctionnelle de février dernier la démolition de l'intégralité des constructions illicites, avec une exécution provisoire fixée à septembre 2026.

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Le principe d'égalité devant la loi

Pour le parquet, l'alternative est limpide : soit la justice "ferme les yeux", soit elle ordonne la démolition pour ne pas créer "deux poids, deux mesures" avec les autres citoyens français. "Nul n'est censé ignorer la loi", a rappelé le ministère public, précisant que la question de savoir s'il s'agit ou non d'une secte n'était pas le sujet du procès.

Un seul représentant face à la justice

Lors de la dernière audience, un seul représentant de la communauté était présent comme prévenu : Pierre M., retraité aux cheveux et à la barbe grisonnants, présenté comme "le chef du village". Il est surtout le gérant de la SCI du hameau de Poulan depuis 2019. À la barre, il a expliqué avoir fait bâtir sa propre maison en 2014 pour 70 000 euros, sans permis ni déclaration préalable.

"Je voulais vivre là pour pratiquer ma foi", a-t-il expliqué. Pierre M. a également souligné qu'il ne possédait rien, étant comme tous les membres de la communauté locataire de la SCI pour 150 euros mensuels. Le domaine appartenait à Manitara, décédé en 2020, dont les héritiers se trouveraient aujourd'hui au Panama.

Les arguments de la défense

La défense, représentée par Me Martin-Lassaque, a contesté le délai réclamé par le parquet, considérant irréaliste de démolir et reloger une communauté entière en quelques mois seulement. "Comment mon client pourrait-il annoncer cela à toutes les familles ? Quelle autorité a-t-il ?", a plaidé l'avocat.

Autre argument avancé : la prescription. Pour plusieurs bâtiments construits de longue date, la défense estime que la justice ne peut plus agir, ce qui permettrait d'épargner une partie du site. Pierre M. a pour sa part assuré avoir "tout fait pour arrêter les constructions et se mettre en règle" depuis la première mise en demeure.

Une décision attendue avec impatience

La présidente du tribunal, Blandine Arrial, doit aujourd'hui trancher cette affaire complexe qui oppose le respect des règles d'urbanisme à la préservation d'un mode de vie communautaire établi depuis trois décennies. Sa décision dira si la loi s'applique également à ceux qui ont choisi de la mettre à distance.

Cette affaire rappelle que, quelle que soit la nature d'une communauté ou ses croyances, le principe d'égalité devant la loi reste fondamental dans notre société. La question du relogement des familles concernées, si la démolition est ordonnée, constituera un défi humanitaire et logistique supplémentaire pour les autorités locales.

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