Lacanau Océan perd son boucher historique après 42 ans de service
Un boucher quitte Lacanau après 42 ans, un drame pour le commerce local

La fin d'une ère pour la boucherie Gonella à Lacanau Océan

Après quarante-deux années d'activité ininterrompue dans la station balnéaire de Lacanau Océan, le boucher Jean-Marc Gonella est contraint de fermer son commerce. Cette décision fait suite à un différend juridique prolongé concernant la propriété de son fonds de commerce, un conflit qui a finalement été tranché par le tribunal judiciaire de Bordeaux. L'annonce de ce départ provoque une vive émotion parmi la clientèle fidèle et suscite des interrogations profondes sur le devenir des petits commerces de bouche dans les zones touristiques.

Un crève-cœur pour le couple Gonella

« C'est un véritable crève-cœur », confie avec amertume Jean-Marc Gonella, boucher-charcutier installé à Lacanau Océan depuis 1982. Son épouse Corinne ne peut retenir ses larmes face à cette issue tragique. Après plusieurs années de bataille juridique acharnée, le verdict est sans appel : le jugement du tribunal dénie au boucher la propriété du fonds de commerce qu'il exploitait, obligeant ainsi le couple et leur unique employé à quitter les lieux définitivement.

Les origines d'une success story devenue conflit

Tout commence en 1984 lorsque Jean-Marc Gonella, fraîchement diplômé d'un CAP de boucherie, accepte la proposition du propriétaire des lieux, lui-même boucher. Il s'installe d'abord comme gérant appointé, puis après trois années, propose de se mettre à son propre compte, ce qui est accepté. L'affaire connaît un succès immédiat et croissant. « Nous accueillions jusqu'à 250 clients par jour durant la saison estivale », précise Corinne Gonella, qui a rejoint son époux en 1999. « Le personnel passait de trois personnes hors saison à dix en pleine saison ! » Jean-Marc ajoute avec fierté : « Je fabriquais énormément, notamment des saumons fumés et tous les plats cuisinés de Noël. Des clients venaient spécialement de Libourne, et les Parisiens en vacances commandaient des plats qu'ils ramenaient à Paris pour le réveillon. »

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Le nœud du problème : la propriété du fonds

Le différend central oppose le propriétaire du local et le boucher sur la question cruciale de la propriété du fonds de commerce. Jean-Marc Gonella s'appuie sur le fait qu'il a bénéficié d'un bail commercial précaire qui, selon la loi, ne peut excéder trois ans et se transforme ensuite en bail commercial ordinaire. Le propriétaire, quant à lui, met en avant un contrat de location-gérance signé en 2007, qui n'attribue pas la propriété du fonds au locataire-gérant. Ce désaccord insoluble conduit Jean-Marc Gonella à saisir la justice à plusieurs reprises.

Un combat juridique sans issue favorable

Par trois fois, le tribunal donne initialement raison au boucher en première instance, mais par trois fois également, le propriétaire obtient gain de cause en appel, rejetant toute proposition de conciliation. La possibilité de racheter les murs se révèle financièrement inaccessible pour le commerçant. Le coup de grâce intervient avec le jugement du 25 novembre dernier, qui rejette l'existence d'un bail commercial et confirme le régime de location-gérance. Cette décision autorise légalement le propriétaire à donner congé à son locataire par courrier d'huissier, laissant aux Gonella jusqu'au 30 juin pour quitter les lieux. « Comme si nous étions des squatteurs, alors que nous payons scrupuleusement notre loyer chaque mois », s'indigne Corinne Gonella.

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La fermeture anticipée et l'incertitude qui plane

Découragés, les époux Gonella ont choisi de jeter l'éponge plutôt que de faire appel. « Notre souhait était de pouvoir transmettre progressivement l'affaire à un couple plus jeune, pour pérenniser ce commerce », explique Jean-Marc. « Mais désormais, nous n'avons pas le choix : nous rendrons les locaux le 27 février, car continuer à payer un loyer jusqu'en juin, en pleine morte-saison, n'aurait aucun sens économique. » D'ici là, ils doivent tout vider, vendre le matériel – des armoires frigorifiques à l'équipement des logements des saisonniers – et faire face à un avenir incertain. « Que vont devenir ces locaux ? Un autre commerce ? Un chantier de construction ? Nos clients ne comprennent pas cette situation, ils sont révoltés par ce qui nous arrive, par la disparition du seul artisan boucher de l'Océan, et plus largement par le sort réservé aux petits commerces de bouche. »