Le sujet est hautement inflammable, il nécessite donc d’être abordé avec précaution, en prenant en compte tous ses aspects. La hausse du prix des carburants consécutive à la fermeture partielle du détroit d’Ormuz a un impact indéniable sur le budget de nombreuses personnes. Pour ceux qui ne peuvent pas se passer de leur voiture, les 200 ou 300 euros supplémentaires évaporés en essence chaque mois pèsent lourd.
Qui profite vraiment de la flambée des prix ?
Pour autant, il convient de rétablir une vérité basée sur les données chiffrées : la flambée des prix bénéficie avant tout aux compagnies pétrolières qui font de l’extraction de pétrole brut et aux finances publiques des pays producteurs. Sur ce podium, les grands gagnants sont la Norvège, les États-Unis, le Nigeria ou encore le Royaume-Uni. Quand TotalEnergies fore du pétrole en mer du Nord, il est taxé par la Norvège, pays qui applique un taux d’imposition de 78 % sur les profits des sociétés extractrices. Cette manne ne profite donc absolument pas à la France, pays d’origine de l’entreprise.
Les recettes fiscales françaises en berne
Les finances nationales ne peuvent compter que sur les revenus issus des taxes sur le prix de l’essence raffinée et vendue à la pompe. Ces recettes ont bien enregistré une hausse au mois de mars-avril, de l’ordre de 190 millions d’euros, comme l’a reconnu Sébastien Lecornu. Mais depuis le début du mois de mai, la forte chute de la consommation, d’environ 30 %, entraîne un nouveau repli des recettes fiscales, équivalent à 300 millions d’euros.
Contrairement à ce qu’affirmait Laurent Wauquiez (LR) en début de semaine, l’État ne fait donc pas de « recettes supplémentaires » grâce auxquelles il pourrait baisser les taxes et réduire le prix du litre. Idem quand le Rassemblement national proposait au mois d’avril de réduire la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %. D’abord, c’est contraire au droit européen, qui impose un plancher de 15 % – l’Espagne et la Pologne, qui ont adopté cette mesure, l’ont fait hors les clous. Ensuite, une telle décision coûterait très cher aux finances publiques, entre 12 et 17 milliards selon les estimations.
Quelles conséquences pour la transition écologique ?
En conclusion, il apparaît que l’État perd de l’argent quand le pétrole augmente et que la consommation diminue. Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’avenir et pour le financement de la transition écologique. Car les ressources globales de l’État dépendent en grande partie des taxes sur les carburants (près de 40 milliards d’euros). Quand tout le monde roulera électrique et que la consommation de pétrole va baisser durablement, il faudra trouver de nouvelles sources de revenus. Taxer davantage l’électricité ?



